Chapitre 1 : Problèmes linéaires unidimensionnels

Mathématiques · CPGE PCSI (Lycée Louis Barthou, Pau) · Transcription rigoureuse du cours manuscrit

I. Les nombres

On cherche à résoudre dans $\mathbb{R}$ une équation de la forme :

$$ax + b = 0 \quad \text{où } a, b \in \mathbb{R} \text{ sont fixés et } x \in \mathbb{R} \text{ est l'inconnue.}$$
$ax + b = 0 \iff ax = -b \iff x = -\dfrac{b}{a}$(sous réserve que $a \neq 0$)

Les opérations élémentaires suivantes transforment une équation en une équation rigoureusement équivalente (conservation exacte de l'ensemble des solutions) :

  • Ajouter ou retrancher un même terme de part et d'autre de l'égalité ;
  • Multiplier ou diviser de part et d'autre par un même facteur non nul.
Discussion exhaustive des solutions selon les paramètres
  • 1er cas : $a \neq 0$
    L'équation admet une unique solution dans $\mathbb{R}$ : $S = \left\{ -\dfrac{b}{a} \right\}$.
  • 2e cas : $a = 0$ et $b \neq 0$
    L'équation se réduit à l'égalité $0 = -b \neq 0$, qui est impossible. Il n'y a aucune solution : $S = \emptyset$.
  • 3e cas : $a = 0$ et $b = 0$
    L'équation s'écrit $0 \times x = 0$, ce qui est toujours vérifié. Tout réel est solution : $S = \mathbb{R}$.

II. Les suites

Objectif du chapitre : Étudier et expliciter le terme général des suites numériques $(u_n)_{n \in \mathbb{N}}$ satisfaisant une relation de récurrence linéaire d'ordre 1 :

$$\forall n \in \mathbb{N}, \quad u_{n+1} = a u_n + b \quad (a, b \in \mathbb{R})$$

1) Cas particuliers

Définition — Suite arithmétique On dit qu'une suite $(u_n)_{n \in \mathbb{N}}$ est arithmétique si la différence $u_{n+1} - u_n$ est constante.
C'est-à-dire qu'il existe un réel $b \in \mathbb{R}$ tel que : $$\forall n \in \mathbb{N}, \quad u_{n+1} = u_n + b$$ Le réel $b$ est appelé la raison de la suite arithmétique.
Résoudre l'équation sur la suite consiste à expliciter $u_n$ en fonction directe de $n$.
Propriété Si $(u_n)_{n \in \mathbb{N}}$ est arithmétique de raison $b$, alors pour tout $n \in \mathbb{N}$ : $$u_n = u_0 + nb$$
Démonstration par récurrence Démontrons par récurrence la propriété $P(n) : \text{« } u_n = u_0 + nb \text{ »}$ pour tout $n \in \mathbb{N}$.
  • Initialisation ($n=0$) : Pour $n=0$, $u_0 + 0 \times b = u_0$. Donc $P(0)$ est vraie.
  • Hérédité : Soit $n \in \mathbb{N}$. Supposons $P(n)$ vraie, c'est-à-dire $u_n = u_0 + nb$ (Hypothèse de Récurrence HR).
    Calculons le terme au rang $n+1$ :
    $u_{n+1} = u_n + b$par définition de la suite
    $u_{n+1} = (u_0 + nb) + b$par hypothèse de récurrence
    $u_{n+1} = u_0 + b(n+1)$en factorisant $b$
    La propriété $P(n+1)$ est donc vraie.
Par principe de récurrence, pour tout $n \in \mathbb{N}$, $u_n = u_0 + nb$.
Définition — Suite géométrique On dit qu'une suite numérique $(u_n)_{n \in \mathbb{N}}$ (qui n'est pas la suite identiquement nulle) est géométrique s'il existe $a \in \mathbb{R}$ tel que : $$\forall n \in \mathbb{N}, \quad u_{n+1} = a u_n$$ Dans ce cas, le réel $a$ est unique et est appelé la raison de la suite géométrique.
Propriété Si $(u_n)_{n \in \mathbb{N}}$ est géométrique de raison $a$, alors pour tout $n \in \mathbb{N}$ : $$u_n = u_0 \times a^n$$

2) Suites arithmético-géométriques

Définition On appelle suite arithmético-géométrique toute suite réelle $(u_n)_{n \in \mathbb{N}}$ vérifiant une relation de récurrence : $$\forall n \in \mathbb{N}, \quad u_{n+1} = a u_n + b \quad (*)$$ Il s'agit d'une équation linéaire avec second membre (le terme constant $b$ ne dépendant pas de l'inconnue $(u_n)$).
Méthode générale de résolution
  1. Équation homogène associée : Résoudre $u_{n+1} = a u_n$ (solutions géométriques de la forme $\lambda a^n$).
  2. Solution particulière : Déterminer une solution particulière $(u_n^{(p)})_{n \in \mathbb{N}}$ de l'équation complète $(*)$ (souvent une constante $\ell$).
  3. Conclusion : Sommer la solution particulière et la solution générale de l'homogène : $u_n = u_n^{(p)} + \lambda a^n$.
Exemple d'application détaillé : $u_{n+1} = 2u_n + 1$
  1. Équation homogène associée : $u_{n+1} = 2u_n$.
    Ses solutions sont les suites géométriques de raison $2$, de la forme $(\lambda \times 2^n)_{n \in \mathbb{N}}$ avec $\lambda \in \mathbb{R}$.
  2. Recherche d'une solution particulière constante :
    On cherche $(u_n^{(p)})$ constante égale à $\ell$. En injectant dans $(*)$ : $$\ell = 2\ell + 1 \iff \ell - 2\ell = 1 \iff -\ell = 1 \iff \ell = -1$$ La suite constante égale à $-1$ est donc une solution particulière.
  3. Conclusion : Les suites solutions de la relation $u_{n+1} = 2u_n + 1$ sont exactement les suites : $$u_n = \lambda \times 2^n - 1 \quad (\lambda \in \mathbb{R})$$ (La constante $\lambda$ est fixée de manière unique dès que l'on précise la valeur initiale $u_0$).
Théorème fondamental de linéarité Soit la relation de récurrence linéaire avec second membre $u_{n+1} = a u_n + b \quad (*)$.
  1. Si $(v_n)_{n \in \mathbb{N}}$ et $(w_n)_{n \in \mathbb{N}}$ satisfont l'équation homogène associée, alors pour tous réels $\alpha, \beta$, la combinaison linéaire $(\alpha v_n + \beta w_n)_{n \in \mathbb{N}}$ satisfait encore l'équation homogène.
  2. Si $(v_n)_{n \in \mathbb{N}}$ et $(w_n)_{n \in \mathbb{N}}$ satisfont l'équation avec second membre $(*)$, alors la suite différence $(v_n - w_n)_{n \in \mathbb{N}}$ satisfait l'équation homogène associée.
Démonstration du théorème

Démonstration du point 1 :
Pour démontrer une implication $P \implies Q$, on suppose $P$ vraie et on montre $Q$.
Supposons que $v_{n+1} = a v_n$ et $w_{n+1} = a w_n$ pour tout $n \in \mathbb{N}$.
Calculons le terme au rang $n+1$ de la combinaison linéaire : $$\alpha v_{n+1} + \beta w_{n+1} = \alpha(a v_n) + \beta(a w_n) = a(\alpha v_n + \beta w_n)$$ Ce qui établit que $(\alpha v_n + \beta w_n)$ vérifie bien la relation homogène.

Démonstration du point 2 :
Supposons que $v_{n+1} = a v_n + b$ et $w_{n+1} = a w_n + b$ pour tout $n \in \mathbb{N}$.
Calculons la différence des termes au rang $n+1$ : $$v_{n+1} - w_{n+1} = (a v_n + b) - (a w_n + b) = a v_n - a w_n = a(v_n - w_n)$$ La suite $(v_n - w_n)$ est donc bien solution de l'équation homogène.

Corollaire Si on connaît une suite $(u_n^{(p)})_{n \in \mathbb{N}}$ satisfaisant $(*)$ et la totalité des suites $(v_n)_{n \in \mathbb{N}}$ satisfaisant l'équation homogène $v_{n+1} = a v_n$, alors l'ensemble des suites satisfaisant $(*)$ est exactement constitué des suites $(u_n^{(p)} + v_n)_{n \in \mathbb{N}}$.
Démonstration rigoureuse par double inclusion ensembliste

Le corollaire énonce l'égalité $S_1 = S_2$ entre les deux ensembles suivants :

$$S_1 = \left\{ (u_n)_{n \in \mathbb{N}} \;\middle|\; \forall n \in \mathbb{N}, \, u_{n+1} = a u_n + b \right\}$$ $$S_2 = \left\{ (u_n^{(p)} + v_n)_{n \in \mathbb{N}} \;\middle|\; \forall n \in \mathbb{N}, \, v_{n+1} = a v_n \right\}$$

1. Montrons que $S_1 \subset S_2$ :
Soit $(u_n)_{n \in \mathbb{N}} \in S_1$ quelconque (donc $u_{n+1} = a u_n + b$). Montrons que $(u_n) \in S_2$.
Posons $v_n = u_n - u_n^{(p)}$ pour tout $n$, de sorte que $u_n = u_n^{(p)} + v_n$.
Puisque $(u_n)$ et $(u_n^{(p)})$ vérifient toutes deux la relation $(*)$, leur différence $(v_n)$ vérifie l'équation homogène d'après le point 2 du théorème : $v_{n+1} = a v_n$.
Ainsi, la suite $(u_n)$ s'écrit bien sous la forme $u_n^{(p)} + v_n$ avec $(v_n)$ solution homogène, donc $(u_n) \in S_2$.
Ceci prouve l'inclusion $S_1 \subset S_2$.

2. Montrons que $S_2 \subset S_1$ :
Soit une suite de $S_2$, c'est-à-dire de la forme $(u_n^{(p)} + v_n)_{n \in \mathbb{N}}$ où $(v_n)$ vérifie $v_{n+1} = a v_n$.
Calculons son terme au rang $n+1$ : $$u_{n+1}^{(p)} + v_{n+1} = (a u_n^{(p)} + b) + a v_n = a(u_n^{(p)} + v_n) + b$$ La suite $(u_n^{(p)} + v_n)$ vérifie donc bien la relation $(*)$, ce qui montre qu'elle appartient à $S_1$.
Ceci prouve l'inclusion $S_2 \subset S_1$.

Par double inclusion, on a rigoureusement $S_1 = S_2$.

3) Bilan et Prolongements

Bilan méthodologique
  • Capacité 1 : Savoir résoudre une relation arithmético-géométrique par superposition.
  • Capacités générales : Savoir structurer une preuve d'implication ($P \implies Q$), manier les notations ensemblistes, et démontrer une égalité d'ensembles par double inclusion.
  • Généralisation : La preuve de la structure $S_1 = S_2$ n'a jamais utilisé le fait que $a$ et $b$ soient constants. Pour une relation $u_{n+1} = a_n u_n + b_n$, l'ensemble des solutions est toujours la somme d'une solution particulière et de la solution générale homogène.
Prolongements — Forme de la solution particulière $u_n^{(p)}$ Lorsque $a$ et $b$ sont constants :
  • Si $a \neq 1$ et $b \neq 0$ : on cherche une constante $u_n^{(p)} = \ell$.
  • Second membre géométrique ($b_n = \ell^n$) :
    Pour $u_{n+1} = a u_n + \ell^n$ avec $\ell \neq a$, on cherche sous la forme $u_n^{(p)} = \alpha \ell^n$.
  • Cas de résonance ($b_n = a^n$) :
    Pour $u_{n+1} = a u_n + a^n$, la forme précédente échoue (car $a^n$ est déjà solution de l'homogène). On cherche alors sous la forme : $$u_n^{(p)} = \alpha n a^n$$ En effet : $\alpha(n+1)a^{n+1} = a(\alpha n a^n) + a^n \iff \alpha(n+1)a^{n+1} = \alpha n a^{n+1} + a^n \iff \alpha a^{n+1} = a^n \iff \alpha a = 1 \iff \alpha = \dfrac{1}{a}$.

III. Les fonctions

On s'intéresse aux équations différentielles linéaires (EDL) du premier ordre :

$$\forall t \in I, \quad y'(t) = a(t)y(t) + b(t) \quad (*)$$

où $I \subset \mathbb{R}$ est un intervalle, $a$ et $b$ sont des fonctions réelles continues sur $I$, et $y$ est la fonction inconnue dérivable sur $I$.

Définitions
  • On appelle second membre le terme $b(t)$ qui ne dépend pas de la fonction inconnue $y$.
  • On appelle équation homogène associée (notée $E_0$) l'équation obtenue en annulant ce second membre : $$\forall t \in I, \quad y'(t) = a(t)y(t) \quad (E_0)$$
  • Le terme linéaire signifie que si l'on applique l'opérateur $L(y) = y' - a(t)y$ à une combinaison linéaire de fonctions, on obtient : $$L(\lambda_1 y_1 + \lambda_2 y_2) = \lambda_1 L(y_1) + \lambda_2 L(y_2)$$

1) Exploitation de la linéarité

Propositions — Structure de l'ensemble des solutions Soit l'équation différentielle linéaire $(E) : y'(t) = a(t)y(t) + b(t)$ sur l'intervalle $I$.
  1. Si $y_1$ et $y_2$ sont deux solutions de $(E_0)$, alors pour tous réels $\lambda_1, \lambda_2$, la fonction $\lambda_1 y_1 + \lambda_2 y_2$ est encore solution de $(E_0)$.
    (L'ensemble des solutions de l'équation homogène est un sous-espace vectoriel).
  2. Si $y_p$ est une solution particulière de $(E)$, alors l'ensemble des solutions de $(E)$ est rigoureusement : $$\mathcal{S} = \{ y_p + y_0 \mid y_0 \text{ est solution de } (E_0) \}$$ (L'ensemble des solutions forme un sous-espace affine dirigé par l'espace vectoriel des solutions homogènes).
  3. Principe de superposition : Si le second membre est décomposable en $b = b_1 + b_2$, et si $y_1$ est solution de $y' = ay + b_1$ et $y_2$ est solution de $y' = ay + b_2$, alors $y_1 + y_2$ est solution de l'équation complète $y' = ay + (b_1 + b_2)$.
Démonstrations détaillées

1. Démonstration de la stabilité par combinaison linéaire :
Soient $y_1, y_2$ telles que $y_1' = a y_1$ et $y_2' = a y_2$.
Par linéarité de la dérivation : $$(\lambda_1 y_1 + \lambda_2 y_2)' = \lambda_1 y_1' + \lambda_2 y_2' = \lambda_1(a y_1) + \lambda_2(a y_2) = a(\lambda_1 y_1 + \lambda_2 y_2)$$ Donc $\lambda_1 y_1 + \lambda_2 y_2$ est bien solution de $(E_0)$.

2. Démonstration de l'égalité d'ensembles par double inclusion :
Montrons que $\{y \mid y \text{ solution de } (E)\} = \{y_p + y_0 \mid y_0 \text{ solution de } (E_0)\}$.

  • Sens $\supset$ : Soit $y = y_p + y_0$ avec $y_0' = a y_0$ et $y_p' = a y_p + b$. $$y' = (y_p + y_0)' = y_p' + y_0' = (a y_p + b) + a y_0 = a(y_p + y_0) + b = a y + b$$ Donc $y$ est bien solution de $(E)$.
  • Sens $\subset$ : Soit $y$ une solution quelconque de $(E)$ ($y' = a y + b$).
    Posons $y_0 = y - y_p$, de sorte que $y = y_p + y_0$.
    Calculons la dérivée de $y_0$ : $$y_0' = y' - y_p' = (a y + b) - (a y_p + b) = a(y - y_p) = a y_0$$ Ainsi $y_0$ est bien solution de $(E_0)$, d'où $y \in \{y_p + y_0 \mid y_0 \text{ sol. de } (E_0)\}$.
L'égalité est démontrée.
Exemple d'application du principe de superposition Soit à résoudre la récurrence : $u_{n+1} = -u_n + 2^n + 1 \quad (*)$. Le second membre est la somme de $2^n$ et de $1$.
  1. Équation homogène : $u_{n+1} = -u_n \implies u_n = \lambda (-1)^n$ avec $\lambda \in \mathbb{R}$.
  2. Partie 1 ($b_n^{(1)} = 2^n$) : On cherche $u_n = \alpha 2^n$. $$\alpha 2^{n+1} = -\alpha 2^n + 2^n \iff 2\alpha = -\alpha + 1 \iff 3\alpha = 1 \iff \alpha = \frac{1}{3}$$ Donc $u_n^{(1)} = \dfrac{1}{3} 2^n$.
  3. Partie 2 ($b_n^{(2)} = 1$) : On cherche $u_n = \ell$ (constante). $$\ell = -\ell + 1 \iff 2\ell = 1 \iff \ell = \frac{1}{2}$$ Donc $u_n^{(2)} = \dfrac{1}{2}$.
  4. Solution générale superposée : $$u_n = \frac{1}{3} 2^n + \frac{1}{2} + \lambda (-1)^n \quad (\lambda \in \mathbb{R})$$

2) Équations à coefficients et second membre constants

Rappel fondamental — La fonction exponentielle Il existe une unique fonction dérivable sur $\mathbb{R}$, notée $\exp$, satisfaisant le problème de Cauchy : $$\begin{cases} \exp'(t) = \exp(t) \quad (\forall t \in \mathbb{R}) \\ \exp(0) = 1 \end{cases}$$ Notation usuelle : $\exp(t) = \mathrm{e}^t$, où le nombre d'Euler vaut $\mathrm{e} = \exp(1) \approx 2{,}71828$.

3) Propriétés analytiques et géométriques de l'exponentielle

Propriétés fondamentales
  1. Bijection réciproque : Pour tout $y \in \mathbb{R}_+^*$, il existe un unique réel $t \in \mathbb{R}$ tel que $y = \mathrm{e}^t$. Ce réel est noté $t = \ln(y)$ (logarithme népérien).
    $\forall y > 0, \forall t \in \mathbb{R}, \quad y = \mathrm{e}^t \iff t = \ln(y)$.
  2. Monotonie stricte : La fonction exp est strictement croissante sur $\mathbb{R}$ : $x < y \iff \mathrm{e}^x < \mathrm{e}^y$.
  3. Positivité stricte : $\forall t \in \mathbb{R}, \quad \mathrm{e}^t > 0$.
  4. Morphisme algébrique : Pour tous réels $u, t$ : $\mathrm{e}^{u+t} = \mathrm{e}^u \times \mathrm{e}^t$.
  5. Limites aux infinis : $\lim_{t \to -\infty} \mathrm{e}^t = 0^+$ et $\lim_{t \to +\infty} \mathrm{e}^t = +\infty$.
  6. Convexité stricte : La fonction exponentielle est strictement convexe sur $\mathbb{R}$. Pour tous $t < u$ et tout $\lambda \in [0,1]$ : $$\mathrm{e}^{\lambda t + (1-\lambda)u} \leqslant \lambda \mathrm{e}^t + (1-\lambda)\mathrm{e}^u$$
⚠️ Correction — Coquille du manuscrit sur la convexité Sur la copie manuscrite, la formule de convexité comporte la mention erronée $f(4)$ au lieu de $f(u)$. Il s'agit d'une coquille d'écriture : l'inégalité de convexité s'écrit rigoureusement $f(\lambda t + (1-\lambda)u) \leqslant \lambda f(t) + (1-\lambda)f(u)$.
Les trois facettes équivalentes de la convexité
  • Cordes / sécantes : Les segments reliant deux points du graphe sont toujours situés au-dessus de la courbe.
  • Tangentes : La courbe représentative est entièrement située au-dessus de chacune de ses tangentes : $\forall t, a \in \mathbb{R}, \, \mathrm{e}^t \geqslant \mathrm{e}^a(t-a) + \mathrm{e}^a$. En particulier, pour $a = 0$ : $\mathrm{e}^t \geqslant 1 + t$.
  • Dérivée seconde : $\exp''(t) = \exp'(t) = \exp(t) > 0$ sur $\mathbb{R}$.
Règle géométrique du schéma Pour tracer fidèlement la fonction exponentielle, la courbe doit être strictement croissante, strictement positive sur $\mathbb{R}$, passer par $(0,1)$, et être située strictement au-dessus de sa tangente en 0 ($y=t+1$) tout en restant sous ses sécantes.
t y 0 1 -1 1 y = e^t Tangente en t=0 (y = t + 1) Corde (au-dessus de la courbe)
Fig. 1 — Graphe de l'exponentielle : stricte positivité, croissance et convexité (située au-dessus de sa tangente et sous ses cordes).

4) Résolution des équations $y' = ay + b$ (coefficients constants)

Théorème Soient $a, b \in \mathbb{R}$ avec $a \neq 0$. Les solutions sur $\mathbb{R}$ de l'équation différentielle $y'(t) = a y(t) + b$ sont les fonctions : $$t \mapsto \lambda \mathrm{e}^{at} + \ell \quad \text{où } \lambda \in \mathbb{R} \text{ et } \ell = -\frac{b}{a}$$
Démonstration par la méthode de la fonction auxiliaire

Étape 1 : Résolution de l'équation homogène $(E_0) : y' = ay$.
Soit $y$ une fonction dérivable sur $\mathbb{R}$.
Introduisons la fonction auxiliaire $z$ définie par : $$z(t) = \frac{y(t)}{\mathrm{e}^{at}} = y(t)\mathrm{e}^{-at}$$ La fonction $z$ est dérivable sur $\mathbb{R}$ par produit de fonctions dérivables. Calculons sa dérivée : $$z'(t) = y'(t)\mathrm{e}^{-at} + y(t)(-a\mathrm{e}^{-at}) = \mathrm{e}^{-at}(y'(t) - ay(t))$$ Puisque pour tout réel $t$, $\mathrm{e}^{-at} > 0$, on a l'équivalence logique : $$y'(t) - ay(t) = 0 \iff z'(t) = 0$$ Or, une fonction dont la dérivée est identiquement nulle sur un intervalle ($\mathbb{R}$) est une fonction constante.
Ainsi : $z'(t) = 0 \iff \exists \lambda \in \mathbb{R}, \, \forall t \in \mathbb{R}, \, z(t) = \lambda$.
En revenant à $y$ : $y(t)\mathrm{e}^{-at} = \lambda \iff y(t) = \lambda \mathrm{e}^{at}$.
Les solutions de $(E_0)$ sont donc exactement les fonctions $t \mapsto \lambda \mathrm{e}^{at}$.

Étape 2 : Solution particulière et superposition.
Cherchons une solution particulière constante $y_p(t) = \ell$. Sa dérivée est nulle ($y_p' = 0$). $$0 = a\ell + b \iff a\ell = -b \iff \ell = -\frac{b}{a} \quad (\text{car } a \neq 0)$$ D'après la proposition de linéarité, la solution générale est $y(t) = \lambda \mathrm{e}^{at} - \dfrac{b}{a}$.

Remarque pour $a = 0$ : L'équation devient $y'(t) = b$, dont les solutions sont les fonctions affines $y(t) = bt + c$ ($c \in \mathbb{R}$).

5) Dérivation des fonctions composées

Règle de composition (Chain Rule) Soit $u : I \to J$ dérivable sur $I$, et $v : J \to \mathbb{R}$ dérivable sur $J$.
La fonction composée $v \circ u$ définie par $(v \circ u)(t) = v(u(t))$ est dérivable sur $I$ et : $$(v \circ u)'(t) = v'(u(t)) \times u'(t)$$
Exemples pratiques d'application
  • Exemple 1 : $v(t) = \mathrm{e}^t$ et $u(t) = at + b$.
    $(v \circ u)(t) = \mathrm{e}^{at+b} \implies (v \circ u)'(t) = a\mathrm{e}^{at+b}$.
  • Exemple 2 : $v(t) = \sqrt{t}$ et $u(t) = at + b$ (sur un intervalle où $at+b > 0$).
    $(v \circ u)(t) = \sqrt{at+b} \implies (v \circ u)'(t) = \dfrac{a}{2\sqrt{at+b}}$.
  • Exemple 3a : $u(t) = t^2$ et $v(t) = \mathrm{e}^t$.
    $(v \circ u)(t) = \mathrm{e}^{t^2} \implies (v \circ u)'(t) = 2t \mathrm{e}^{t^2}$.
  • Exemple 3b : $u(t) = \dfrac{1-t}{1+t}$ sur $]-1, 1[$ et $v(x) = \ln(x)$.
    $(v \circ u)(t) = \ln\left(\dfrac{1-t}{1+t}\right) = \ln(1-t) - \ln(1+t)$.
    En dérivant chaque terme composé : $$(v \circ u)'(t) = \frac{-1}{1-t} - \frac{1}{1+t} = \frac{-(1+t) - (1-t)}{(1-t)(1+t)} = \frac{-2}{1-t^2}$$

6) Primitives et unicité à une constante près

Définition — Primitive Soit $a$ une fonction continue sur un intervalle $I$. Une fonction $A$ est appelée une primitive de $a$ sur $I$ si $A$ est dérivable sur $I$ et $\forall t \in I, \, A'(t) = a(t)$.
Théorème Si $A_1$ et $A_2$ sont deux primitives d'une même fonction $a$ sur un intervalle $I$, alors leur différence est constante sur $I$ : $$\exists C \in \mathbb{R}, \, \forall t \in I, \quad A_1(t) - A_2(t) = C$$
Démonstration Considérons la fonction $D = A_1 - A_2$. Par linéarité de la dérivation : $$D'(t) = (A_1 - A_2)'(t) = A_1'(t) - A_2'(t) = a(t) - a(t) = 0$$ Puisque $I$ est un intervalle et que la dérivée de $D$ y est identiquement nulle, $D$ est constante sur $I$. Donc $A_1 - A_2 = C$.

7) Équation homogène générale $y' = a(t)y$

Théorème Soit $I$ un intervalle et $a$ une fonction continue sur $I$.
Les solutions sur $I$ de l'équation différentielle homogène $y' = a(t)y$ sont les fonctions : $$t \mapsto \lambda \mathrm{e}^{A(t)} \quad (\lambda \in \mathbb{R})$$ où $A$ désigne une primitive fixée de $a$ sur $I$.
Démonstration rigoureuse par double implication

1. Sens direct (vérification) : Soit $y(t) = \lambda \mathrm{e}^{A(t)}$.
Par la formule de dérivation des composées : $y'(t) = \lambda A'(t) \mathrm{e}^{A(t)} = \lambda a(t) \mathrm{e}^{A(t)} = a(t)y(t)$.
Donc toute fonction de cette forme est solution.

2. Réciproque (exhaustivité) : Soit $y$ une solution quelconque sur $I$ ($y' = a(t)y$).
Posons $z(t) = \dfrac{y(t)}{\mathrm{e}^{A(t)}} = y(t)\mathrm{e}^{-A(t)}$.
Dérivons le produit sur l'intervalle $I$ : $$z'(t) = y'(t)\mathrm{e}^{-A(t)} + y(t)\big(-A'(t)\mathrm{e}^{-A(t)}\big) = \mathrm{e}^{-A(t)}\big(y'(t) - a(t)y(t)\big)$$ Comme $y$ est solution, $y'(t) - a(t)y(t) = 0$. Donc $z'(t) = 0$ pour tout $t \in I$.
Puisque $I$ est un intervalle, $z$ est une constante $\lambda \in \mathbb{R}$.
D'où $y(t) = \lambda \mathrm{e}^{A(t)}$, ce qui assure l'unicité de la forme des solutions.

Exemples de résolution détaillés
  1. Résoudre $y'(t) - (1+t)y(t) = 0$ sur $\mathbb{R}$ :
    L'équation s'écrit $y' = a(t)y$ avec $a(t) = 1+t$.
    Une primitive est $A(t) = t + \dfrac{t^2}{2}$.
    Les solutions sont les fonctions $t \mapsto \lambda \mathrm{e}^{t + \frac{t^2}{2}}$ avec $\lambda \in \mathbb{R}$.
  2. Résoudre $y'(t) - \ln(t)y(t) = 0$ sur $I = ]0, +\infty[$ :
    Ici $a(t) = \ln(t)$. Une primitive classique est $A(t) = t\ln(t) - t$ (car $(t\ln t - t)' = \ln t + 1 - 1 = \ln t$).
    Les solutions sont $y(t) = \lambda \mathrm{e}^{t\ln(t) - t} = \lambda (\mathrm{e}^{\ln(t)})^t \mathrm{e}^{-t} = \lambda t^t \mathrm{e}^{-t}$ avec $\lambda \in \mathbb{R}$.
    (Rappel : par définition pour $t > 0$ et $x \in \mathbb{R}$, $t^x = \mathrm{e}^{x\ln(t)}$).
  3. Résoudre $y'(t) + \dfrac{1}{t}y(t) = 0$ :
    ⚠️ Point fondamental d'analyse — La notion d'intervalle On ne résout jamais une équation différentielle sur l'ensemble $\mathbb{R}^* = ]-\infty, 0[ \cup ]0, +\infty[$ d'un seul bloc car ce n'est pas un intervalle !
    Sur un ensemble non connexe, le fait que $f' = 0$ n'implique pas que $f$ soit constante globale (ex: la fonction signe vaut $1$ sur $\mathbb{R}_+^*$ et $-1$ sur $\mathbb{R}_-^*$, sa dérivée est nulle partout sans être constante).
    On résout donc impérativement sur $I_1 = ]0, +\infty[$ puis sur $I_2 = ]-\infty, 0[$.
    Sur $I_1 = ]0, +\infty[$ : $a(t) = -\dfrac{1}{t}$. Une primitive est $A(t) = -\ln(t) = \ln\left(\dfrac{1}{t}\right)$.
    Les solutions sont : $y(t) = \lambda \mathrm{e}^{-\ln(t)} = \dfrac{\lambda}{t}$ avec $\lambda \in \mathbb{R}$.
    Sur $I_2 = ]-\infty, 0[$ : $a(t) = -\dfrac{1}{t}$. Une primitive est $A(t) = -\ln(-t) = \ln\left(-\dfrac{1}{t}\right)$.
    Les solutions sont : $y(t) = \mu \mathrm{e}^{-\ln(-t)} = \dfrac{\mu}{-t} = \dfrac{\lambda'}{t}$ avec $\lambda' \in \mathbb{R}$.

8) Cas général avec second membre : $y' + a(t)y = b(t)$

Deux approches complémentaires sont à maîtriser :

a) Méthode par identification (forme adaptée)

Valable lorsque les coefficients sont constants et que le second membre est de nature exponentielle, polynomiale ou trigonométrique. En cas de somme au second membre, on applique la superposition.

Exemple : $y'(t) + 2y(t) = \mathrm{e}^t + \mathrm{e}^{-2t}$ sur $\mathbb{R}$
  1. L'équation homogène $y' + 2y = 0$ donne les solutions $y_0(t) = \lambda \mathrm{e}^{-2t}$.
  2. Pour le second membre partiel $b_1(t) = \mathrm{e}^t$, on cherche $y_1(t) = \alpha \mathrm{e}^t$ : $$\alpha \mathrm{e}^t + 2\alpha \mathrm{e}^t = \mathrm{e}^t \iff 3\alpha = 1 \iff \alpha = \frac{1}{3}$$
  3. Pour $b_2(t) = \mathrm{e}^{-2t}$ (terme en résonance car $-2$ est racine caractéristique), on cherche sous la forme $y_2(t) = \beta t \mathrm{e}^{-2t}$ : $$y_2'(t) = \beta \mathrm{e}^{-2t} - 2\beta t \mathrm{e}^{-2t}$$ $$y_2'(t) + 2y_2(t) = (\beta \mathrm{e}^{-2t} - 2\beta t \mathrm{e}^{-2t}) + 2\beta t \mathrm{e}^{-2t} = \beta \mathrm{e}^{-2t}$$ On identifie $\beta \mathrm{e}^{-2t} = \mathrm{e}^{-2t} \iff \beta = 1$.
  4. Solution générale : $y(t) = \dfrac{1}{3}\mathrm{e}^t + t\mathrm{e}^{-2t} + \lambda \mathrm{e}^{-2t}$ ($\lambda \in \mathbb{R}$).

b) Méthode de variation de la constante (Portée générale)

Méthode de la variation de la constante Soit à résoudre l'équation $y'(t) + a(t)y(t) = b(t) \quad (*)$ sur un intervalle $I$.
Soit $y_0$ une solution non identiquement nulle de l'équation homogène $y' + a(t)y = 0$ (par exemple $y_0(t) = \mathrm{e}^{-A(t)}$, qui ne s'annule jamais sur $I$).
On cherche une solution particulière de $(*)$ sous la forme : $$y_p(t) = \lambda(t)y_0(t)$$ où $\lambda$ est une fonction inconnue dérivable sur $I$.
Pourquoi le terme en $\lambda(t)$ sans dérivée disparaît-il systématiquement ? Substituons $y_p$ dans l'équation différentielle complète $(*)$ :
$y_p'(t) + a(t)y_p(t) = b(t)$équation complète avec second membre
$[\lambda'(t)y_0(t) + \lambda(t)y_0'(t)] + a(t)[\lambda(t)y_0(t)] = b(t)$dérivation du produit $y_p = \lambda y_0$
$\lambda'(t)y_0(t) + \lambda(t)\underbrace{(y_0'(t) + a(t)y_0(t))}_{= 0} = b(t)$par factorisation de $\lambda(t)$
Puisque $y_0$ est solution de l'équation homogène, la quantité entre parenthèses est identiquement nulle !
L'équation différentielle se simplifie en une relation directe sur la dérivée $\lambda'$ : $$\lambda'(t)y_0(t) = b(t) \iff \lambda'(t) = \frac{b(t)}{y_0(t)}$$ Puisque $y_0(t) = \mathrm{e}^{-A(t)} \neq 0$ partout, la fonction $\dfrac{b(t)}{y_0(t)} = b(t)\mathrm{e}^{A(t)}$ est continue sur $I$. Elle admet donc une primitive $\lambda(t) = \int b(t)\mathrm{e}^{A(t)} \, \mathrm{d}t$.
Une solution particulière est alors $y_p(t) = \lambda(t)y_0(t)$, ce qui achève la résolution complète.

IV. Compléments sur le calcul de primitives

Soit $f$ une fonction continue sur un intervalle $I$.

⚠️ Précision sur les notations de calcul intégral Dans les notes de cours, la notation $\int^x f(t)\,\mathrm{d}t$ est employée pour désigner une primitive par rapport à $x$. En prépa, on distingue rigoureusement :
  • L'intégrale définie $\displaystyle\int_a^b f(t)\,\mathrm{d}t$, qui est un nombre réel représentant l'aire sous la courbe (si $f \geq 0$).
  • L'intégrale fonctionnelle $\displaystyle x \mapsto \int_a^x f(t)\,\mathrm{d}t$, qui est l'unique primitive de $f$ sur $I$ qui s'annule en $a$.
  • L'intégrale indéfinie $\displaystyle\int f(t)\,\mathrm{d}t$, qui représente la famille complète des primitives à une constante additive près.
Règle géométrique du schéma L'intégrale définie d'une fonction continue positive entre deux bornes a et b correspond à la mesure de l'aire sous la courbe délimitée verticalement par t = a et t = b, et horizontalement par l'axe des abscisses.
C_f a b Aire hachurée = $\int_a^b f(t)\,\mathrm{d}t$
Fig. 2 — Interprétation géométrique de l'intégrale définie comme aire sous la courbe $\mathcal{C}_f$.

Quiz de fin de chapitre

1. [Définition / Hypothèse clé] Pourquoi est-il indispensable que le domaine de résolution d'une équation différentielle soit un intervalle pour que la solution de $y' = a(t)y$ soit uniquement de la forme $\lambda \mathrm{e}^{A(t)}$ ?
Réponse
La preuve repose sur le théorème fondamental : « une fonction dont la dérivée est nulle est constante ». Ce résultat n'est vrai que sur un intervalle (ensemble connexe de $\mathbb{R}$). Sur une réunion d'intervalles disjoints (comme $\mathbb{R}^* = ]-\infty, 0[ \cup ]0, +\infty[$), la fonction peut prendre une constante $\lambda_1$ sur $]0, +\infty[$ et une autre constante distincte $\lambda_2$ sur $]-\infty, 0[$ tout en ayant une dérivée identiquement nulle partout où elle est définie.
2. [Application directe] Résoudre la récurrence $u_{n+1} = 3u_n + 4$ avec la condition initiale $u_0 = 1$.
Réponse
L'équation homogène associée est $u_{n+1} = 3u_n$, d'où la solution générale homogène $v_n = \lambda 3^n$. Une solution particulière constante $\ell$ vérifie $\ell = 3\ell + 4 \iff -2\ell = 4 \iff \ell = -2$. La solution générale est donc $u_n = \lambda 3^n - 2$. Avec $u_0 = 1$ : $\lambda 3^0 - 2 = 1 \iff \lambda = 3$. Le terme général est donc $u_n = 3 \times 3^n - 2 = 3^{n+1} - 2$.
3. [Compréhension conceptuelle] Dans la méthode de variation de la constante $y_p(t) = \lambda(t)y_0(t)$, pourquoi le terme contenant $\lambda(t)$ sans dérivée disparaît-il toujours lors de l'injection dans l'équation différentielle ?
Réponse
En dérivant le produit, on obtient $y_p' + ay_p = \lambda' y_0 + \lambda y_0' + a\lambda y_0 = \lambda' y_0 + \lambda(y_0' + ay_0)$. Or, par définition même du choix de la fonction de base, $y_0$ est solution de l'équation homogène, ce qui implique rigoureusement $y_0' + ay_0 = 0$. Le crochet s'annule donc identiquement, ne laissant subsister que le terme dérivé $\lambda'(t)y_0(t)$.
4. [Piège classique] Quelle forme particulière doit-on poser pour trouver une solution de l'équation différentielle $y' + 2y = \mathrm{e}^{-2t}$ ? Pourquoi la forme $\alpha \mathrm{e}^{-2t}$ échoue-t-elle ?
Réponse
C'est le cas de résonance : comme $-2$ est la racine caractéristique de l'équation homogène, la fonction $t \mapsto \mathrm{e}^{-2t}$ annule l'opérateur $y' + 2y$ (en injectant $\alpha \mathrm{e}^{-2t}$, on trouve $0 = \mathrm{e}^{-2t}$, ce qui est impossible). Il faut multiplier par la variable et chercher une solution particulière sous la forme $y_p(t) = \beta t \mathrm{e}^{-2t}$.
5. [Synthèse structurelle] Quel est le lien mathématique profond entre la résolution de la suite $u_{n+1} = a u_n + b$ et celle de l'équation différentielle $y' = ay + b$ ?
Réponse
Les deux problèmes relèvent de la linéarité d'ordre 1. Dans les deux cas, les solutions du problème avec second membre forment un espace affine dont la direction est l'espace vectoriel des solutions de l'équation homogène associée. L'ensemble des solutions s'obtient de façon universelle par la somme : $$\text{Solution Générale} = \text{Solution Particulière du problème complet} + \text{Solution Générale du problème homogène}$$ Le comportement homogène est à croissance géométrique ($a^n$) pour le cas discret et exponentielle ($\mathrm{e}^{at}$) pour le cas continu.
6. [Définition / Hypothèse clé] Qu'appelle-t-on « équation homogène associée » à une équation différentielle linéaire $y'(t) = a(t)y(t) + b(t)$, et pourquoi ce terme est-il approprié ?
Réponse
C'est l'équation obtenue en annulant le second membre, c'est-à-dire $y'(t) = a(t)y(t)$. Le terme « homogène » vient du fait que tous les termes de l'équation dépendent alors linéairement de l'inconnue $y$ (aucun terme constant ne « dépareille » l'équation) : si $y$ est solution, alors $\lambda y$ l'est aussi pour tout $\lambda \in \mathbb{R}$, ce qui n'est pas vrai dès qu'un second membre non nul est présent.
7. [Application directe] En utilisant la formule de dérivation des fonctions composées, calculer la dérivée de $f(t) = \ln\left(\dfrac{1-t}{1+t}\right)$.
Réponse
On écrit $f(t) = \ln(1-t) - \ln(1+t)$. En dérivant chaque terme composé séparément : $$f'(t) = \frac{-1}{1-t} - \frac{1}{1+t} = \frac{-(1+t) - (1-t)}{(1-t)(1+t)} = \frac{-2}{1-t^2}$$
8. [Piège classique] Quelle confusion doit-on absolument éviter entre l'intégrale indéfinie $\int f(t)\,\mathrm{d}t$ et l'intégrale définie $\int_a^b f(t)\,\mathrm{d}t$ ?
Réponse
L'intégrale indéfinie $\int f(t)\,\mathrm{d}t$ désigne toute la famille de fonctions primitives de $f$ (définie à une constante additive près) : ce n'est pas un nombre. L'intégrale définie $\int_a^b f(t)\,\mathrm{d}t$, elle, est un nombre réel (l'aire algébrique sous la courbe entre $a$ et $b$). Confondre les deux — par exemple en traitant $\int^x f(t)\,\mathrm{d}t$ comme un nombre plutôt que comme une fonction de $x$ — est une erreur fréquente et pénalisée.
9. [Compréhension conceptuelle] Pourquoi la démonstration de l'égalité $S_1 = S_2$ (structure de l'ensemble des solutions) exige-t-elle une preuve par double inclusion plutôt qu'un raisonnement direct ?
Réponse
$S_1 = S_2$ est une égalité entre deux ensembles. Pour l'établir rigoureusement, il faut montrer que tout élément de $S_1$ appartient à $S_2$ ($S_1 \subset S_2$), puis que tout élément de $S_2$ appartient à $S_1$ ($S_2 \subset S_1$). Montrer une seule des deux inclusions ne prouverait qu'un lien d'appartenance dans un seul sens, pas l'égalité complète des deux ensembles.
10. [Synthèse] Énoncer le principe de superposition et expliquer son intérêt pratique pour résoudre une équation avec un second membre complexe.
Réponse
Si le second membre se décompose en $b = b_1 + b_2$, et si $y_1$ est solution de $y' = ay + b_1$ tandis que $y_2$ est solution de $y' = ay + b_2$, alors $y_1 + y_2$ est solution de l'équation complète $y' = ay + (b_1 + b_2)$. L'intérêt pratique est de pouvoir décomposer un second membre compliqué (par exemple $2^n + 1$) en morceaux plus simples à traiter séparément, puis de sommer les solutions particulières obtenues — comme illustré dans l'exemple sur $u_{n+1} = -u_n + 2^n + 1$.

Sources & Références

  • Programme officiel de Mathématiques en CPGE PCSI — Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche.
  • Notes manuscrites de cours du 14/09/2026.
  • Ouvrages de référence : H-Prépa Mathématiques PCSI (Analyse 1ère année), Tout-en-un Mathématiques PCSI (Dunod).