Chapitre 1 : Problèmes linéaires unidimensionnels
I. Les nombres
On cherche à résoudre dans $\mathbb{R}$ une équation de la forme :
$$ax + b = 0 \quad \text{où } a, b \in \mathbb{R} \text{ sont fixés et } x \in \mathbb{R} \text{ est l'inconnue.}$$Les opérations élémentaires suivantes transforment une équation en une équation rigoureusement équivalente (conservation exacte de l'ensemble des solutions) :
- Ajouter ou retrancher un même terme de part et d'autre de l'égalité ;
- Multiplier ou diviser de part et d'autre par un même facteur non nul.
- 1er cas : $a \neq 0$
L'équation admet une unique solution dans $\mathbb{R}$ : $S = \left\{ -\dfrac{b}{a} \right\}$. - 2e cas : $a = 0$ et $b \neq 0$
L'équation se réduit à l'égalité $0 = -b \neq 0$, qui est impossible. Il n'y a aucune solution : $S = \emptyset$. - 3e cas : $a = 0$ et $b = 0$
L'équation s'écrit $0 \times x = 0$, ce qui est toujours vérifié. Tout réel est solution : $S = \mathbb{R}$.
II. Les suites
Objectif du chapitre : Étudier et expliciter le terme général des suites numériques $(u_n)_{n \in \mathbb{N}}$ satisfaisant une relation de récurrence linéaire d'ordre 1 :
$$\forall n \in \mathbb{N}, \quad u_{n+1} = a u_n + b \quad (a, b \in \mathbb{R})$$1) Cas particuliers
C'est-à-dire qu'il existe un réel $b \in \mathbb{R}$ tel que : $$\forall n \in \mathbb{N}, \quad u_{n+1} = u_n + b$$ Le réel $b$ est appelé la raison de la suite arithmétique.
Résoudre l'équation sur la suite consiste à expliciter $u_n$ en fonction directe de $n$.
- Initialisation ($n=0$) : Pour $n=0$, $u_0 + 0 \times b = u_0$. Donc $P(0)$ est vraie.
- Hérédité : Soit $n \in \mathbb{N}$. Supposons $P(n)$ vraie, c'est-à-dire $u_n = u_0 + nb$ (Hypothèse de Récurrence HR).
Calculons le terme au rang $n+1$ :La propriété $P(n+1)$ est donc vraie.$u_{n+1} = u_n + b$par définition de la suite$u_{n+1} = (u_0 + nb) + b$par hypothèse de récurrence$u_{n+1} = u_0 + b(n+1)$en factorisant $b$
2) Suites arithmético-géométriques
- Équation homogène associée : Résoudre $u_{n+1} = a u_n$ (solutions géométriques de la forme $\lambda a^n$).
- Solution particulière : Déterminer une solution particulière $(u_n^{(p)})_{n \in \mathbb{N}}$ de l'équation complète $(*)$ (souvent une constante $\ell$).
- Conclusion : Sommer la solution particulière et la solution générale de l'homogène : $u_n = u_n^{(p)} + \lambda a^n$.
- Équation homogène associée : $u_{n+1} = 2u_n$.
Ses solutions sont les suites géométriques de raison $2$, de la forme $(\lambda \times 2^n)_{n \in \mathbb{N}}$ avec $\lambda \in \mathbb{R}$. - Recherche d'une solution particulière constante :
On cherche $(u_n^{(p)})$ constante égale à $\ell$. En injectant dans $(*)$ : $$\ell = 2\ell + 1 \iff \ell - 2\ell = 1 \iff -\ell = 1 \iff \ell = -1$$ La suite constante égale à $-1$ est donc une solution particulière. - Conclusion : Les suites solutions de la relation $u_{n+1} = 2u_n + 1$ sont exactement les suites : $$u_n = \lambda \times 2^n - 1 \quad (\lambda \in \mathbb{R})$$ (La constante $\lambda$ est fixée de manière unique dès que l'on précise la valeur initiale $u_0$).
- Si $(v_n)_{n \in \mathbb{N}}$ et $(w_n)_{n \in \mathbb{N}}$ satisfont l'équation homogène associée, alors pour tous réels $\alpha, \beta$, la combinaison linéaire $(\alpha v_n + \beta w_n)_{n \in \mathbb{N}}$ satisfait encore l'équation homogène.
- Si $(v_n)_{n \in \mathbb{N}}$ et $(w_n)_{n \in \mathbb{N}}$ satisfont l'équation avec second membre $(*)$, alors la suite différence $(v_n - w_n)_{n \in \mathbb{N}}$ satisfait l'équation homogène associée.
Démonstration du point 1 :
Pour démontrer une implication $P \implies Q$, on suppose $P$ vraie et on montre $Q$.
Supposons que $v_{n+1} = a v_n$ et $w_{n+1} = a w_n$ pour tout $n \in \mathbb{N}$.
Calculons le terme au rang $n+1$ de la combinaison linéaire :
$$\alpha v_{n+1} + \beta w_{n+1} = \alpha(a v_n) + \beta(a w_n) = a(\alpha v_n + \beta w_n)$$
Ce qui établit que $(\alpha v_n + \beta w_n)$ vérifie bien la relation homogène.
Démonstration du point 2 :
Supposons que $v_{n+1} = a v_n + b$ et $w_{n+1} = a w_n + b$ pour tout $n \in \mathbb{N}$.
Calculons la différence des termes au rang $n+1$ :
$$v_{n+1} - w_{n+1} = (a v_n + b) - (a w_n + b) = a v_n - a w_n = a(v_n - w_n)$$
La suite $(v_n - w_n)$ est donc bien solution de l'équation homogène.
Le corollaire énonce l'égalité $S_1 = S_2$ entre les deux ensembles suivants :
$$S_1 = \left\{ (u_n)_{n \in \mathbb{N}} \;\middle|\; \forall n \in \mathbb{N}, \, u_{n+1} = a u_n + b \right\}$$ $$S_2 = \left\{ (u_n^{(p)} + v_n)_{n \in \mathbb{N}} \;\middle|\; \forall n \in \mathbb{N}, \, v_{n+1} = a v_n \right\}$$1. Montrons que $S_1 \subset S_2$ :
Soit $(u_n)_{n \in \mathbb{N}} \in S_1$ quelconque (donc $u_{n+1} = a u_n + b$). Montrons que $(u_n) \in S_2$.
Posons $v_n = u_n - u_n^{(p)}$ pour tout $n$, de sorte que $u_n = u_n^{(p)} + v_n$.
Puisque $(u_n)$ et $(u_n^{(p)})$ vérifient toutes deux la relation $(*)$, leur différence $(v_n)$ vérifie l'équation homogène d'après le point 2 du théorème : $v_{n+1} = a v_n$.
Ainsi, la suite $(u_n)$ s'écrit bien sous la forme $u_n^{(p)} + v_n$ avec $(v_n)$ solution homogène, donc $(u_n) \in S_2$.
Ceci prouve l'inclusion $S_1 \subset S_2$.
2. Montrons que $S_2 \subset S_1$ :
Soit une suite de $S_2$, c'est-à-dire de la forme $(u_n^{(p)} + v_n)_{n \in \mathbb{N}}$ où $(v_n)$ vérifie $v_{n+1} = a v_n$.
Calculons son terme au rang $n+1$ :
$$u_{n+1}^{(p)} + v_{n+1} = (a u_n^{(p)} + b) + a v_n = a(u_n^{(p)} + v_n) + b$$
La suite $(u_n^{(p)} + v_n)$ vérifie donc bien la relation $(*)$, ce qui montre qu'elle appartient à $S_1$.
Ceci prouve l'inclusion $S_2 \subset S_1$.
Par double inclusion, on a rigoureusement $S_1 = S_2$.
3) Bilan et Prolongements
- Capacité 1 : Savoir résoudre une relation arithmético-géométrique par superposition.
- Capacités générales : Savoir structurer une preuve d'implication ($P \implies Q$), manier les notations ensemblistes, et démontrer une égalité d'ensembles par double inclusion.
- Généralisation : La preuve de la structure $S_1 = S_2$ n'a jamais utilisé le fait que $a$ et $b$ soient constants. Pour une relation $u_{n+1} = a_n u_n + b_n$, l'ensemble des solutions est toujours la somme d'une solution particulière et de la solution générale homogène.
- Si $a \neq 1$ et $b \neq 0$ : on cherche une constante $u_n^{(p)} = \ell$.
- Second membre géométrique ($b_n = \ell^n$) :
Pour $u_{n+1} = a u_n + \ell^n$ avec $\ell \neq a$, on cherche sous la forme $u_n^{(p)} = \alpha \ell^n$. - Cas de résonance ($b_n = a^n$) :
Pour $u_{n+1} = a u_n + a^n$, la forme précédente échoue (car $a^n$ est déjà solution de l'homogène). On cherche alors sous la forme : $$u_n^{(p)} = \alpha n a^n$$ En effet : $\alpha(n+1)a^{n+1} = a(\alpha n a^n) + a^n \iff \alpha(n+1)a^{n+1} = \alpha n a^{n+1} + a^n \iff \alpha a^{n+1} = a^n \iff \alpha a = 1 \iff \alpha = \dfrac{1}{a}$.
III. Les fonctions
On s'intéresse aux équations différentielles linéaires (EDL) du premier ordre :
$$\forall t \in I, \quad y'(t) = a(t)y(t) + b(t) \quad (*)$$où $I \subset \mathbb{R}$ est un intervalle, $a$ et $b$ sont des fonctions réelles continues sur $I$, et $y$ est la fonction inconnue dérivable sur $I$.
- On appelle second membre le terme $b(t)$ qui ne dépend pas de la fonction inconnue $y$.
- On appelle équation homogène associée (notée $E_0$) l'équation obtenue en annulant ce second membre : $$\forall t \in I, \quad y'(t) = a(t)y(t) \quad (E_0)$$
- Le terme linéaire signifie que si l'on applique l'opérateur $L(y) = y' - a(t)y$ à une combinaison linéaire de fonctions, on obtient : $$L(\lambda_1 y_1 + \lambda_2 y_2) = \lambda_1 L(y_1) + \lambda_2 L(y_2)$$
1) Exploitation de la linéarité
- Si $y_1$ et $y_2$ sont deux solutions de $(E_0)$, alors pour tous réels $\lambda_1, \lambda_2$, la fonction $\lambda_1 y_1 + \lambda_2 y_2$ est encore solution de $(E_0)$.
(L'ensemble des solutions de l'équation homogène est un sous-espace vectoriel). - Si $y_p$ est une solution particulière de $(E)$, alors l'ensemble des solutions de $(E)$ est rigoureusement : $$\mathcal{S} = \{ y_p + y_0 \mid y_0 \text{ est solution de } (E_0) \}$$ (L'ensemble des solutions forme un sous-espace affine dirigé par l'espace vectoriel des solutions homogènes).
- Principe de superposition : Si le second membre est décomposable en $b = b_1 + b_2$, et si $y_1$ est solution de $y' = ay + b_1$ et $y_2$ est solution de $y' = ay + b_2$, alors $y_1 + y_2$ est solution de l'équation complète $y' = ay + (b_1 + b_2)$.
1. Démonstration de la stabilité par combinaison linéaire :
Soient $y_1, y_2$ telles que $y_1' = a y_1$ et $y_2' = a y_2$.
Par linéarité de la dérivation :
$$(\lambda_1 y_1 + \lambda_2 y_2)' = \lambda_1 y_1' + \lambda_2 y_2' = \lambda_1(a y_1) + \lambda_2(a y_2) = a(\lambda_1 y_1 + \lambda_2 y_2)$$
Donc $\lambda_1 y_1 + \lambda_2 y_2$ est bien solution de $(E_0)$.
2. Démonstration de l'égalité d'ensembles par double inclusion :
Montrons que $\{y \mid y \text{ solution de } (E)\} = \{y_p + y_0 \mid y_0 \text{ solution de } (E_0)\}$.
- Sens $\supset$ : Soit $y = y_p + y_0$ avec $y_0' = a y_0$ et $y_p' = a y_p + b$. $$y' = (y_p + y_0)' = y_p' + y_0' = (a y_p + b) + a y_0 = a(y_p + y_0) + b = a y + b$$ Donc $y$ est bien solution de $(E)$.
- Sens $\subset$ : Soit $y$ une solution quelconque de $(E)$ ($y' = a y + b$).
Posons $y_0 = y - y_p$, de sorte que $y = y_p + y_0$.
Calculons la dérivée de $y_0$ : $$y_0' = y' - y_p' = (a y + b) - (a y_p + b) = a(y - y_p) = a y_0$$ Ainsi $y_0$ est bien solution de $(E_0)$, d'où $y \in \{y_p + y_0 \mid y_0 \text{ sol. de } (E_0)\}$.
- Équation homogène : $u_{n+1} = -u_n \implies u_n = \lambda (-1)^n$ avec $\lambda \in \mathbb{R}$.
- Partie 1 ($b_n^{(1)} = 2^n$) : On cherche $u_n = \alpha 2^n$. $$\alpha 2^{n+1} = -\alpha 2^n + 2^n \iff 2\alpha = -\alpha + 1 \iff 3\alpha = 1 \iff \alpha = \frac{1}{3}$$ Donc $u_n^{(1)} = \dfrac{1}{3} 2^n$.
- Partie 2 ($b_n^{(2)} = 1$) : On cherche $u_n = \ell$ (constante). $$\ell = -\ell + 1 \iff 2\ell = 1 \iff \ell = \frac{1}{2}$$ Donc $u_n^{(2)} = \dfrac{1}{2}$.
- Solution générale superposée : $$u_n = \frac{1}{3} 2^n + \frac{1}{2} + \lambda (-1)^n \quad (\lambda \in \mathbb{R})$$
2) Équations à coefficients et second membre constants
3) Propriétés analytiques et géométriques de l'exponentielle
- Bijection réciproque : Pour tout $y \in \mathbb{R}_+^*$, il existe un unique réel $t \in \mathbb{R}$ tel que $y = \mathrm{e}^t$. Ce réel est noté $t = \ln(y)$ (logarithme népérien).
$\forall y > 0, \forall t \in \mathbb{R}, \quad y = \mathrm{e}^t \iff t = \ln(y)$. - Monotonie stricte : La fonction exp est strictement croissante sur $\mathbb{R}$ : $x < y \iff \mathrm{e}^x < \mathrm{e}^y$.
- Positivité stricte : $\forall t \in \mathbb{R}, \quad \mathrm{e}^t > 0$.
- Morphisme algébrique : Pour tous réels $u, t$ : $\mathrm{e}^{u+t} = \mathrm{e}^u \times \mathrm{e}^t$.
- Limites aux infinis : $\lim_{t \to -\infty} \mathrm{e}^t = 0^+$ et $\lim_{t \to +\infty} \mathrm{e}^t = +\infty$.
- Convexité stricte : La fonction exponentielle est strictement convexe sur $\mathbb{R}$. Pour tous $t < u$ et tout $\lambda \in [0,1]$ : $$\mathrm{e}^{\lambda t + (1-\lambda)u} \leqslant \lambda \mathrm{e}^t + (1-\lambda)\mathrm{e}^u$$
- Cordes / sécantes : Les segments reliant deux points du graphe sont toujours situés au-dessus de la courbe.
- Tangentes : La courbe représentative est entièrement située au-dessus de chacune de ses tangentes : $\forall t, a \in \mathbb{R}, \, \mathrm{e}^t \geqslant \mathrm{e}^a(t-a) + \mathrm{e}^a$. En particulier, pour $a = 0$ : $\mathrm{e}^t \geqslant 1 + t$.
- Dérivée seconde : $\exp''(t) = \exp'(t) = \exp(t) > 0$ sur $\mathbb{R}$.
4) Résolution des équations $y' = ay + b$ (coefficients constants)
Étape 1 : Résolution de l'équation homogène $(E_0) : y' = ay$.
Soit $y$ une fonction dérivable sur $\mathbb{R}$.
Introduisons la fonction auxiliaire $z$ définie par :
$$z(t) = \frac{y(t)}{\mathrm{e}^{at}} = y(t)\mathrm{e}^{-at}$$
La fonction $z$ est dérivable sur $\mathbb{R}$ par produit de fonctions dérivables. Calculons sa dérivée :
$$z'(t) = y'(t)\mathrm{e}^{-at} + y(t)(-a\mathrm{e}^{-at}) = \mathrm{e}^{-at}(y'(t) - ay(t))$$
Puisque pour tout réel $t$, $\mathrm{e}^{-at} > 0$, on a l'équivalence logique :
$$y'(t) - ay(t) = 0 \iff z'(t) = 0$$
Or, une fonction dont la dérivée est identiquement nulle sur un intervalle ($\mathbb{R}$) est une fonction constante.
Ainsi : $z'(t) = 0 \iff \exists \lambda \in \mathbb{R}, \, \forall t \in \mathbb{R}, \, z(t) = \lambda$.
En revenant à $y$ : $y(t)\mathrm{e}^{-at} = \lambda \iff y(t) = \lambda \mathrm{e}^{at}$.
Les solutions de $(E_0)$ sont donc exactement les fonctions $t \mapsto \lambda \mathrm{e}^{at}$.
Étape 2 : Solution particulière et superposition.
Cherchons une solution particulière constante $y_p(t) = \ell$. Sa dérivée est nulle ($y_p' = 0$).
$$0 = a\ell + b \iff a\ell = -b \iff \ell = -\frac{b}{a} \quad (\text{car } a \neq 0)$$
D'après la proposition de linéarité, la solution générale est $y(t) = \lambda \mathrm{e}^{at} - \dfrac{b}{a}$.
Remarque pour $a = 0$ : L'équation devient $y'(t) = b$, dont les solutions sont les fonctions affines $y(t) = bt + c$ ($c \in \mathbb{R}$).
5) Dérivation des fonctions composées
La fonction composée $v \circ u$ définie par $(v \circ u)(t) = v(u(t))$ est dérivable sur $I$ et : $$(v \circ u)'(t) = v'(u(t)) \times u'(t)$$
- Exemple 1 : $v(t) = \mathrm{e}^t$ et $u(t) = at + b$.
$(v \circ u)(t) = \mathrm{e}^{at+b} \implies (v \circ u)'(t) = a\mathrm{e}^{at+b}$. - Exemple 2 : $v(t) = \sqrt{t}$ et $u(t) = at + b$ (sur un intervalle où $at+b > 0$).
$(v \circ u)(t) = \sqrt{at+b} \implies (v \circ u)'(t) = \dfrac{a}{2\sqrt{at+b}}$. - Exemple 3a : $u(t) = t^2$ et $v(t) = \mathrm{e}^t$.
$(v \circ u)(t) = \mathrm{e}^{t^2} \implies (v \circ u)'(t) = 2t \mathrm{e}^{t^2}$. - Exemple 3b : $u(t) = \dfrac{1-t}{1+t}$ sur $]-1, 1[$ et $v(x) = \ln(x)$.
$(v \circ u)(t) = \ln\left(\dfrac{1-t}{1+t}\right) = \ln(1-t) - \ln(1+t)$.
En dérivant chaque terme composé : $$(v \circ u)'(t) = \frac{-1}{1-t} - \frac{1}{1+t} = \frac{-(1+t) - (1-t)}{(1-t)(1+t)} = \frac{-2}{1-t^2}$$
6) Primitives et unicité à une constante près
7) Équation homogène générale $y' = a(t)y$
Les solutions sur $I$ de l'équation différentielle homogène $y' = a(t)y$ sont les fonctions : $$t \mapsto \lambda \mathrm{e}^{A(t)} \quad (\lambda \in \mathbb{R})$$ où $A$ désigne une primitive fixée de $a$ sur $I$.
1. Sens direct (vérification) : Soit $y(t) = \lambda \mathrm{e}^{A(t)}$.
Par la formule de dérivation des composées : $y'(t) = \lambda A'(t) \mathrm{e}^{A(t)} = \lambda a(t) \mathrm{e}^{A(t)} = a(t)y(t)$.
Donc toute fonction de cette forme est solution.
2. Réciproque (exhaustivité) : Soit $y$ une solution quelconque sur $I$ ($y' = a(t)y$).
Posons $z(t) = \dfrac{y(t)}{\mathrm{e}^{A(t)}} = y(t)\mathrm{e}^{-A(t)}$.
Dérivons le produit sur l'intervalle $I$ :
$$z'(t) = y'(t)\mathrm{e}^{-A(t)} + y(t)\big(-A'(t)\mathrm{e}^{-A(t)}\big) = \mathrm{e}^{-A(t)}\big(y'(t) - a(t)y(t)\big)$$
Comme $y$ est solution, $y'(t) - a(t)y(t) = 0$. Donc $z'(t) = 0$ pour tout $t \in I$.
Puisque $I$ est un intervalle, $z$ est une constante $\lambda \in \mathbb{R}$.
D'où $y(t) = \lambda \mathrm{e}^{A(t)}$, ce qui assure l'unicité de la forme des solutions.
- Résoudre $y'(t) - (1+t)y(t) = 0$ sur $\mathbb{R}$ :
L'équation s'écrit $y' = a(t)y$ avec $a(t) = 1+t$.
Une primitive est $A(t) = t + \dfrac{t^2}{2}$.
Les solutions sont les fonctions $t \mapsto \lambda \mathrm{e}^{t + \frac{t^2}{2}}$ avec $\lambda \in \mathbb{R}$. - Résoudre $y'(t) - \ln(t)y(t) = 0$ sur $I = ]0, +\infty[$ :
Ici $a(t) = \ln(t)$. Une primitive classique est $A(t) = t\ln(t) - t$ (car $(t\ln t - t)' = \ln t + 1 - 1 = \ln t$).
Les solutions sont $y(t) = \lambda \mathrm{e}^{t\ln(t) - t} = \lambda (\mathrm{e}^{\ln(t)})^t \mathrm{e}^{-t} = \lambda t^t \mathrm{e}^{-t}$ avec $\lambda \in \mathbb{R}$.
(Rappel : par définition pour $t > 0$ et $x \in \mathbb{R}$, $t^x = \mathrm{e}^{x\ln(t)}$). - Résoudre $y'(t) + \dfrac{1}{t}y(t) = 0$ :
⚠️ Point fondamental d'analyse — La notion d'intervalle On ne résout jamais une équation différentielle sur l'ensemble $\mathbb{R}^* = ]-\infty, 0[ \cup ]0, +\infty[$ d'un seul bloc car ce n'est pas un intervalle !Sur $I_1 = ]0, +\infty[$ : $a(t) = -\dfrac{1}{t}$. Une primitive est $A(t) = -\ln(t) = \ln\left(\dfrac{1}{t}\right)$.
Sur un ensemble non connexe, le fait que $f' = 0$ n'implique pas que $f$ soit constante globale (ex: la fonction signe vaut $1$ sur $\mathbb{R}_+^*$ et $-1$ sur $\mathbb{R}_-^*$, sa dérivée est nulle partout sans être constante).
On résout donc impérativement sur $I_1 = ]0, +\infty[$ puis sur $I_2 = ]-\infty, 0[$.
Les solutions sont : $y(t) = \lambda \mathrm{e}^{-\ln(t)} = \dfrac{\lambda}{t}$ avec $\lambda \in \mathbb{R}$.
Sur $I_2 = ]-\infty, 0[$ : $a(t) = -\dfrac{1}{t}$. Une primitive est $A(t) = -\ln(-t) = \ln\left(-\dfrac{1}{t}\right)$.
Les solutions sont : $y(t) = \mu \mathrm{e}^{-\ln(-t)} = \dfrac{\mu}{-t} = \dfrac{\lambda'}{t}$ avec $\lambda' \in \mathbb{R}$.
8) Cas général avec second membre : $y' + a(t)y = b(t)$
Deux approches complémentaires sont à maîtriser :
a) Méthode par identification (forme adaptée)
Valable lorsque les coefficients sont constants et que le second membre est de nature exponentielle, polynomiale ou trigonométrique. En cas de somme au second membre, on applique la superposition.
- L'équation homogène $y' + 2y = 0$ donne les solutions $y_0(t) = \lambda \mathrm{e}^{-2t}$.
- Pour le second membre partiel $b_1(t) = \mathrm{e}^t$, on cherche $y_1(t) = \alpha \mathrm{e}^t$ : $$\alpha \mathrm{e}^t + 2\alpha \mathrm{e}^t = \mathrm{e}^t \iff 3\alpha = 1 \iff \alpha = \frac{1}{3}$$
- Pour $b_2(t) = \mathrm{e}^{-2t}$ (terme en résonance car $-2$ est racine caractéristique), on cherche sous la forme $y_2(t) = \beta t \mathrm{e}^{-2t}$ : $$y_2'(t) = \beta \mathrm{e}^{-2t} - 2\beta t \mathrm{e}^{-2t}$$ $$y_2'(t) + 2y_2(t) = (\beta \mathrm{e}^{-2t} - 2\beta t \mathrm{e}^{-2t}) + 2\beta t \mathrm{e}^{-2t} = \beta \mathrm{e}^{-2t}$$ On identifie $\beta \mathrm{e}^{-2t} = \mathrm{e}^{-2t} \iff \beta = 1$.
- Solution générale : $y(t) = \dfrac{1}{3}\mathrm{e}^t + t\mathrm{e}^{-2t} + \lambda \mathrm{e}^{-2t}$ ($\lambda \in \mathbb{R}$).
b) Méthode de variation de la constante (Portée générale)
Soit $y_0$ une solution non identiquement nulle de l'équation homogène $y' + a(t)y = 0$ (par exemple $y_0(t) = \mathrm{e}^{-A(t)}$, qui ne s'annule jamais sur $I$).
On cherche une solution particulière de $(*)$ sous la forme : $$y_p(t) = \lambda(t)y_0(t)$$ où $\lambda$ est une fonction inconnue dérivable sur $I$.
L'équation différentielle se simplifie en une relation directe sur la dérivée $\lambda'$ : $$\lambda'(t)y_0(t) = b(t) \iff \lambda'(t) = \frac{b(t)}{y_0(t)}$$ Puisque $y_0(t) = \mathrm{e}^{-A(t)} \neq 0$ partout, la fonction $\dfrac{b(t)}{y_0(t)} = b(t)\mathrm{e}^{A(t)}$ est continue sur $I$. Elle admet donc une primitive $\lambda(t) = \int b(t)\mathrm{e}^{A(t)} \, \mathrm{d}t$.
Une solution particulière est alors $y_p(t) = \lambda(t)y_0(t)$, ce qui achève la résolution complète.
IV. Compléments sur le calcul de primitives
Soit $f$ une fonction continue sur un intervalle $I$.
- L'intégrale définie $\displaystyle\int_a^b f(t)\,\mathrm{d}t$, qui est un nombre réel représentant l'aire sous la courbe (si $f \geq 0$).
- L'intégrale fonctionnelle $\displaystyle x \mapsto \int_a^x f(t)\,\mathrm{d}t$, qui est l'unique primitive de $f$ sur $I$ qui s'annule en $a$.
- L'intégrale indéfinie $\displaystyle\int f(t)\,\mathrm{d}t$, qui représente la famille complète des primitives à une constante additive près.
Quiz de fin de chapitre
La preuve repose sur le théorème fondamental : « une fonction dont la dérivée est nulle est constante ». Ce résultat n'est vrai que sur un intervalle (ensemble connexe de $\mathbb{R}$). Sur une réunion d'intervalles disjoints (comme $\mathbb{R}^* = ]-\infty, 0[ \cup ]0, +\infty[$), la fonction peut prendre une constante $\lambda_1$ sur $]0, +\infty[$ et une autre constante distincte $\lambda_2$ sur $]-\infty, 0[$ tout en ayant une dérivée identiquement nulle partout où elle est définie.
L'équation homogène associée est $u_{n+1} = 3u_n$, d'où la solution générale homogène $v_n = \lambda 3^n$. Une solution particulière constante $\ell$ vérifie $\ell = 3\ell + 4 \iff -2\ell = 4 \iff \ell = -2$. La solution générale est donc $u_n = \lambda 3^n - 2$. Avec $u_0 = 1$ : $\lambda 3^0 - 2 = 1 \iff \lambda = 3$. Le terme général est donc $u_n = 3 \times 3^n - 2 = 3^{n+1} - 2$.
En dérivant le produit, on obtient $y_p' + ay_p = \lambda' y_0 + \lambda y_0' + a\lambda y_0 = \lambda' y_0 + \lambda(y_0' + ay_0)$. Or, par définition même du choix de la fonction de base, $y_0$ est solution de l'équation homogène, ce qui implique rigoureusement $y_0' + ay_0 = 0$. Le crochet s'annule donc identiquement, ne laissant subsister que le terme dérivé $\lambda'(t)y_0(t)$.
C'est le cas de résonance : comme $-2$ est la racine caractéristique de l'équation homogène, la fonction $t \mapsto \mathrm{e}^{-2t}$ annule l'opérateur $y' + 2y$ (en injectant $\alpha \mathrm{e}^{-2t}$, on trouve $0 = \mathrm{e}^{-2t}$, ce qui est impossible). Il faut multiplier par la variable et chercher une solution particulière sous la forme $y_p(t) = \beta t \mathrm{e}^{-2t}$.
Les deux problèmes relèvent de la linéarité d'ordre 1. Dans les deux cas, les solutions du problème avec second membre forment un espace affine dont la direction est l'espace vectoriel des solutions de l'équation homogène associée. L'ensemble des solutions s'obtient de façon universelle par la somme : $$\text{Solution Générale} = \text{Solution Particulière du problème complet} + \text{Solution Générale du problème homogène}$$ Le comportement homogène est à croissance géométrique ($a^n$) pour le cas discret et exponentielle ($\mathrm{e}^{at}$) pour le cas continu.
C'est l'équation obtenue en annulant le second membre, c'est-à-dire $y'(t) = a(t)y(t)$. Le terme « homogène » vient du fait que tous les termes de l'équation dépendent alors linéairement de l'inconnue $y$ (aucun terme constant ne « dépareille » l'équation) : si $y$ est solution, alors $\lambda y$ l'est aussi pour tout $\lambda \in \mathbb{R}$, ce qui n'est pas vrai dès qu'un second membre non nul est présent.
On écrit $f(t) = \ln(1-t) - \ln(1+t)$. En dérivant chaque terme composé séparément : $$f'(t) = \frac{-1}{1-t} - \frac{1}{1+t} = \frac{-(1+t) - (1-t)}{(1-t)(1+t)} = \frac{-2}{1-t^2}$$
L'intégrale indéfinie $\int f(t)\,\mathrm{d}t$ désigne toute la famille de fonctions primitives de $f$ (définie à une constante additive près) : ce n'est pas un nombre. L'intégrale définie $\int_a^b f(t)\,\mathrm{d}t$, elle, est un nombre réel (l'aire algébrique sous la courbe entre $a$ et $b$). Confondre les deux — par exemple en traitant $\int^x f(t)\,\mathrm{d}t$ comme un nombre plutôt que comme une fonction de $x$ — est une erreur fréquente et pénalisée.
$S_1 = S_2$ est une égalité entre deux ensembles. Pour l'établir rigoureusement, il faut montrer que tout élément de $S_1$ appartient à $S_2$ ($S_1 \subset S_2$), puis que tout élément de $S_2$ appartient à $S_1$ ($S_2 \subset S_1$). Montrer une seule des deux inclusions ne prouverait qu'un lien d'appartenance dans un seul sens, pas l'égalité complète des deux ensembles.
Si le second membre se décompose en $b = b_1 + b_2$, et si $y_1$ est solution de $y' = ay + b_1$ tandis que $y_2$ est solution de $y' = ay + b_2$, alors $y_1 + y_2$ est solution de l'équation complète $y' = ay + (b_1 + b_2)$. L'intérêt pratique est de pouvoir décomposer un second membre compliqué (par exemple $2^n + 1$) en morceaux plus simples à traiter séparément, puis de sommer les solutions particulières obtenues — comme illustré dans l'exemple sur $u_{n+1} = -u_n + 2^n + 1$.
Sources & Références
- Programme officiel de Mathématiques en CPGE PCSI — Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche.
- Notes manuscrites de cours du 14/09/2026.
- Ouvrages de référence : H-Prépa Mathématiques PCSI (Analyse 1ère année), Tout-en-un Mathématiques PCSI (Dunod).