Problèmes linéaires unidimensionnels
On étudie dans ce chapitre les suites $(u_n)_n$ satisfaisant une relation de récurrence de la forme $$\forall n \in \mathbb{N},\ u_{n+1} = au_n + b,$$ où $a$ et $b$ sont des nombres réels fixés, ainsi que les fonctions $y$ satisfaisant une équation différentielle de la forme $$\forall t \in I,\ y'(t) + a(t)y(t) = f(t)$$ où $I$ est un intervalle, et $a$ et $f$ sont deux fonctions continues sur $I$.
1.1 Relations de récurrence linéaire de pas 1
1.1.1 Suites
On rappelle qu'une suite de nombres réels, notée $(u_n)_{n\in\mathbb{N}}$, est une application qui à tout entier naturel $n\in\mathbb{N}$ (appelé indice) associe un nombre réel noté $u_n$ (appelé terme général de la suite).
Une suite peut aussi être définie uniquement à partir d'un certain rang $n_0$, auquel cas on la notera $(u_n)_{n\geqslant n_0}$ : par exemple la suite $\left(\dfrac{1}{n}\right)_{n\geqslant 1}$ des inverses des entiers naturels non nuls.
Une suite peut être définie par :
- la donnée de son terme général, soit sous forme explicite (par exemple $u_n=\dfrac{1}{n}$), soit sous forme implicite (par exemple $u_n$ est l'unique racine positive du trinôme $X^2+X-n$) ;
- une relation de récurrence de pas 1 et son premier terme. Par exemple, la suite des nombres factoriels est définie par $$0! = 1 \quad\text{et pour } n\in\mathbb{N},\ (n+1)! = (n+1)\times n!$$ Ce mode de définition par récurrence sera étendu ensuite à des pas supérieurs ou égaux à 2.
1.1.2 Suites arithmétiques
1.1.3 Suites géométriques
1.1.4 Suites arithmético-géométriques
En conséquence, pour résoudre une relation de récurrence arithmético-géométrique, il suffit de trouver une solution particulière $(u_n)_n$ à cette relation, et toutes les suites satisfaisant la relation ont un terme général de la forme : $$v_n = u_n + Ka^n,\quad K\in\mathbb{R}.$$ Or, il est facile de trouver une solution sous la forme d'une suite $(u_n)_n$ constante : en effet, si $u_n=c$, la relation de récurrence devient $c=ac+b$, qui se résout dans le cas $a\neq 1$ en $c=\dfrac{b}{1-a}$.
1.2 Primitives
1.2.1 Bref rappel sur les intervalles et la continuité
- un seul intervalle ni minoré, ni majoré : $\mathbb{R} = \,]-\infty,+\infty[$ ;
- intervalles minorés mais non majorés : de l'une des deux formes $]a,+\infty[$ ou $[a,+\infty[$ (selon qu'ils contiennent ou non leur borne inférieure) ;
- intervalles majorés mais non minorés : de l'une des deux formes $]-\infty,b[$ ou $]-\infty,b]$ ;
- intervalles bornés : de l'une des formes $[a,b]$ (fermé), $]a,b]$, $[a,b[$ (semi-ouverts) ou $]a,b[$ (ouvert).
1.2.2 Bref rappel sur la dérivation
On rappelle que la dérivée $F'$ d'une fonction $f$ est définie, sous réserve d'existence, par la formule : $$F'(x) = \lim_{h\to 0} \frac{f(x+h)-f(x)}{h}.$$ En pratique, on ne revient presque jamais à la définition : les calculs de dérivée sont exécutés à partir de la connaissance des dérivées des fonctions usuelles (exponentielle, logarithme, puissances, fonctions circulaires, polynômes), et des règles de compatibilité :
- La dérivation est linéaire : $(\lambda u + \mu v)' = \lambda u' + \mu v'$.
- Dérivée d'un produit : $(uv)' = u'v + uv'$.
- Dérivée d'une puissance : $(u^n)' = nu'u^{n-1}$.
- Dérivée d'un inverse, d'un quotient : $$\left(\frac{1}{u}\right)' = -\frac{u'}{u^2}\ ; \qquad \left(\frac{u}{v}\right)' = \frac{u'v-uv'}{v^2} = u'\times\frac{1}{v} - u\times\frac{v'}{v^2}.$$
1.2.3 Signe de la dérivée et variations
- Si pour tout $t\in I$, $f'(t)\geqslant 0$, alors $f$ est croissante sur $I$.
- Si pour tout $t\in I$, $f'(t)>0$, alors $f$ est strictement croissante sur $I$. La conclusion demeure si $f'(t)\geqslant 0$ pour tout $t$, et $f'(t)>0$ pour tout $t$ dans $I$ sauf en un nombre fini de points.
Exemple 1.17. Pour tout $n\in\mathbb{N}$, la fonction $t\mapsto t^{2n+1}$ est strictement croissante sur $\mathbb{R}$ : sa dérivée $t\mapsto (2n+1)t^{2n}$ est à valeurs positives sur $\mathbb{R}$ et ne s'annule qu'en un point (0).
1.2.4 Notion de primitive et théorème de quasi-unicité
1.2.5 Théorème d'existence et conséquences
Exemple 1.22. On souhaite définir la fonction logarithme népérien comme la primitive de la fonction inverse sur $\mathbb{R}^{*+}$ qui s'annule en 1. On peut raisonner de deux manières :
- on pose simplement $\ln(x) = \displaystyle\int_1^x \dfrac{\mathrm{d}t}{t}$ : la fonction ainsi définie est bien une primitive de la fonction inverse par le théorème fondamental de l'analyse (car la fonction inverse est continue sur $\mathbb{R}^{*+}$), et elle s'annule en 1 ;
- on considère une primitive $L$ de la fonction inverse sur $\mathbb{R}^{*+}$ (là encore assurée par le théorème fondamental de l'analyse), puis on pose $\ln(x) = L(x)-L(1)$ pour assurer l'annulation en 1.
La définition (géométrique) de l'intégrale sera étudiée ultérieurement. Pour le moment, nous aurons besoin des propriétés suivantes du calcul intégral :
- Linéarité de l'intégrale : $\displaystyle\int_a^b \big(\lambda u(t)+\mu v(t)\big)\,\mathrm{d}t = \lambda\int_a^b u(t)\,\mathrm{d}t + \mu\int_a^b v(t)\,\mathrm{d}t.$
- Intégration par parties (fonctions $u,v$ de classe $C^1$ sur $[a,b]$) : $$\int_a^b u'(t)v(t)\,\mathrm{d}t = \big[u(t)v(t)\big]_{t=a}^{t=b} - \int_a^b u(t)v'(t)\,\mathrm{d}t.$$
- Changement de variable ($\varphi$ de classe $C^1$ sur $[\alpha,\beta]$, $a=\varphi(\alpha)$, $b=\varphi(\beta)$, $u$ continue sur $[a,b]$) : $$\int_\alpha^\beta u(\varphi(t))\,\varphi'(t)\,\mathrm{d}t = \int_a^b u(s)\,\mathrm{d}s.$$
- pour exprimer une primitive sur $\mathbb{R}^{*+}$ de $x\mapsto \dfrac{1}{x}$, il a été vu en Terminale qu'il est nécessaire d'introduire une nouvelle fonction, le logarithme népérien ;
- on verra cette année que pour exprimer une primitive sur $\mathbb{R}$ de $t\mapsto \dfrac{1}{1+t^2}$, il sera nécessaire d'introduire la fonction $\arctan$ (réciproque de $\tan = \sin/\cos$) ;
- même avec la nouvelle collection de fonctions usuelles étudiées cette année, maints exemples subsisteront : $t\mapsto e^{t^2}$, $t\mapsto e^{1/t}$, $t\mapsto \dfrac{1}{t}\ln(t)$ par exemple.
1.3 Équations différentielles linéaires d'ordre 1
On résout les équations de la forme $\forall t\in I,\ y'(t)+a(t)y(t)=f(t)$, où $I$ est un intervalle, $a$ et $f$ sont des fonctions continues sur $I$, et $y$ est la fonction inconnue, cherchée parmi les fonctions dérivables sur $I$.
1.3.1 Exploitation de la linéarité
- L'ensemble des solutions de l'équation homogène associée est stable par combinaison linéaire : si $y_1,y_2$ satisfont $y'+ay=0$, alors pour tous $\alpha_1,\alpha_2$, $\alpha_1y_1+\alpha_2y_2$ est encore solution de $y'+ay=0$.
- La différence de deux solutions de l'équation avec second membre est une solution de l'équation homogène associée.
- Principe de superposition. Si $y_1$ est solution de $y'+ay=f_1$ et $y_2$ de $y'+ay=f_2$, alors $y_1+y_2$ est solution de $y'+ay=f_1+f_2$.
Le point 2 permet d'utiliser la même stratégie que pour les relations de récurrence arithmético-géométriques : résolution de l'équation homogène, puis recherche d'une solution particulière de l'équation avec second membre.
1.3.2 Fonction exponentielle
On a rappelé plus haut la définition du logarithme népérien comme l'unique primitive de la fonction inverse sur $\mathbb{R}^{*+}$ qui s'annule en 1. Cette fonction est continue et strictement croissante sur $\mathbb{R}^{*+}$, et admet les limites $\displaystyle\lim_{x\to 0^+}\ln(x)=-\infty$ et $\displaystyle\lim_{x\to+\infty}\ln(x)=+\infty$. Le théorème des valeurs intermédiaires conjugué à la croissance stricte permet d'affirmer que tout réel $y$ admet un unique antécédent $x\in\mathbb{R}^{*+}$ par $\ln$.
- La fonction exponentielle est définie sur $\mathbb{R}$, à valeurs dans $\mathbb{R}^{*+}$. Tout $x\in\mathbb{R}^{*+}$ admet un unique antécédent par la fonction exponentielle (dans $\mathbb{R}$).
- Pour tout réel $y$, $\ln(e^y)=y$.
- Pour tout réel strictement positif $x$, $e^{\ln(x)}=x$.
- Pour $x_1,x_2>0$, $\ln(x_1x_2)=\ln(x_1)+\ln(x_2)$. De plus $\ln(1/x_1)=-\ln(x_1)$, et pour $n\in\mathbb{Z}$, $\ln(x_1^n)=n\ln(x_1)$.
- Pour $y_1,y_2\in\mathbb{R}$, $e^{y_1+y_2}=e^{y_1}e^{y_2}$. De plus $e^{-y_1}=\dfrac{1}{e^{y_1}}$ et pour $n\in\mathbb{Z}$, $(e^{y_1})^n=e^{ny_1}$.
- La fonction exponentielle est dérivable et égale à sa dérivée.
1.3.3 Résolution de l'équation homogène
1.3.4 Méthode de variation de la constante
C'est une méthode de changement de fonction inconnue. On suppose que $y_0$ est une solution de $y'+ay=0$ qui ne s'annule pas sur l'intervalle $I$ de résolution. On cherche une solution $y_p$ de l'équation avec second membre $y'+ay=f$ sous la forme $y_p=\lambda y_0$, où $\lambda$ est une nouvelle fonction inconnue.
Cette méthode ramène donc la recherche de $y_p$ à un calcul de primitive. Notons $\Lambda$ une primitive de $f/y_0$ (continue car $y_0$ ne s'annule pas sur $I$).
1.3.5 Autres techniques de calcul
La méthode de variation de la constante est générique. D'autres méthodes peuvent être plus directes sur des équations particulières. Par exemple, si $a$ et $f$ sont constantes, il convient de chercher $y_p$ sous forme d'une constante : en imposant $y_p=c$ dans $y'+ay=f$, l'équation devient $ac=f$, donc $c=\dfrac{f}{a}$ convient si $a\neq 0$. Cette stratégie fonctionne plus généralement dès que le quotient $f/a$ est constant.
On verra en exercice des cas où l'on recherche $y_p$ sous la forme d'un polynôme, ou d'une fonction puissance : les énoncés guident ce type de recherche, surtout en première année.
1.3.6 Extension aux équations $ay'+by=f$
Il arrive souvent qu'on considère des équations de la forme $ay'+by=f$ sur un intervalle $I$, où $a,b,f$ sont continues. Deux cas se présentent :
- si $a$ ne s'annule pas sur $I$, on divise l'équation par $a$ et l'on se ramène à $y' + \dfrac{b}{a}y = \dfrac{f}{a}$ : tout ce qui précède s'applique alors ;
- si $a$ s'annule en un point $t_0$, la division par $a$ n'est plus possible en $t_0$. La technique consiste alors à résoudre l'équation de part et d'autre de $t_0$, puis à étudier comment les solutions se « recollent » en ce point. Ce n'est pas un objectif du programme, et de tels exemples ne seront étudiés que si le temps le permet — ce qui ne sera pas le cas en début d'année.
1.3.7 Problème de Cauchy
Exemple 1.39. La fonction exponentielle est la solution du problème de Cauchy $\begin{cases}y'=y\\ y(0)=1.\end{cases}$
Quiz de fin de chapitre
Parce que la suite nulle vérifie $u_{n+1}=au_n$ (soit $0=a\times 0$) pour n'importe quelle valeur de $a$. Si on l'autorisait comme suite géométrique, elle aurait simultanément une infinité de raisons possibles, ce qui contredirait l'idée qu'une suite géométrique a une raison bien définie et unique.
L'équation homogène associée à $y'+ay=f$ est $y'+ay=0$ (Définition 1.28) : c'est l'équation obtenue en annulant le second membre $f$. L'adjectif « homogène » qualifie l'équation, jamais les solutions — on ne parle pas d'« homogénéité des solutions ».
$a=2$, $f=6$ sont constantes, donc une solution particulière constante est $y_p=\dfrac{f}{a}=3$ (§1.3.5). L'équation homogène $y'+2y=0$ a pour solutions $Ke^{-2t}$ (Théorème 1.34, avec $A(t)=2t$). La solution générale est $y(t)=3+Ke^{-2t}$. La condition $y(0)=5$ donne $3+K=5$, soit $K=2$. Donc $y(t) = 3+2e^{-2t}$.
Ici $a=3$, $b=-4$. La solution constante particulière vérifie $c=3c-4 \Rightarrow c=2$. D'après la Proposition 1.8, $u_n=2+K\cdot 3^n$. En $n=0$ : $u_0=2+K \Rightarrow K=u_0-2$. Donc $u_n = 2+(u_0-2)\cdot 3^n$.
La méthode pose $\lambda' = f/y_0$ (§1.3.4) : si $y_0(t_1)=0$ pour un certain $t_1\in I$, cette expression n'est pas définie en $t_1$ (division par zéro), et $\lambda$ ne peut plus être obtenue par un calcul de primitive sur tout $I$. Le Corollaire 1.35 garantit précisément qu'une solution non nulle de l'équation homogène ne s'annule jamais sur un intervalle de continuité — ce qui légitime a posteriori le choix de $y_0$ dans la méthode.
La formule $c=\dfrac{b}{1-a}$ n'est valable que pour $a\neq 1$ (division par $1-a$) : si $a=1$, elle diverge (division par zéro). C'est cohérent, car pour $a=1$ il n'existe pas de solution constante à $u_{n+1}=u_n+b$ dès que $b\neq 0$ — la suite est purement arithmétique et croît indéfiniment ($u_n=u_0+bn$, Proposition 1.2), elle ne peut pas s'écrire sous la forme $c+K\cdot 1^n=c+K$ (qui serait constante).
C'est le Lemme 1.7 (voir l'encart ⚠️ Correction) : en soustrayant les deux relations $u_{n+1}=au_n+b$ et $v_{n+1}=av_n+b$, on obtient $u_{n+1}-v_{n+1}=a(u_n-v_n)$, une relation multiplicative — c'est la définition même d'une suite géométrique de raison $a$ (Définition 1.3), pas d'une suite arithmétique (qui serait définie par une relation additive $w_{n+1}=w_n+b$, Définition 1.1).
Dans le premier énoncé, $f$ est la fonction que l'on intègre et $F$ en est une primitive (donc $F'=f$) : la continuité de $f$ garantit à la fois l'existence de $F$ (Théorème 1.21) et le sens de l'intégrale. Dans le second énoncé, les rôles sont inversés : c'est $f$ elle-même qui joue le rôle de la primitive, et on intègre sa dérivée $f'$ — cela suppose que $f$ soit dérivable et que $f'$ soit continue (fonction de classe $C^1$), une hypothèse plus forte que la simple continuité de $f$.
On résout d'abord l'équation homogène $y'+ay=0$ : ses solutions sont $t\mapsto Ke^{-A(t)}$ où $A'=a$ (Théorème 1.34). On choisit une solution non nulle $y_0(t)=e^{-A(t)}$ de cette équation homogène, puis on applique la variation de la constante : en posant $y=\lambda y_0$, l'équation avec second membre se réduit à $\lambda'=f/y_0$ (§1.3.4), ce qui ramène tout au calcul d'une primitive $\Lambda$ de $f/y_0$. La solution générale de $y'+ay=f$ est alors $y(t)=(K+\Lambda(t))y_0(t)$ (Proposition 1.36). Enfin, la condition initiale $y(t_0)=y_0$ fixe la constante $K$ de façon unique, ce qui donne l'unique solution du problème de Cauchy (Théorème 1.41).
Dans les deux cas, on exploite la linéarité de l'opérateur en jeu (Lemme 1.7 pour les suites, Proposition 1.31 pour les équations différentielles) : la différence de deux solutions de l'équation « avec second membre » est toujours solution de l'équation « homogène » associée. On peut donc écrire toute solution comme (solution particulière) + (solution homogène générale). Pour les suites, l'homogène $u_{n+1}=au_n$ donne les suites géométriques $Ka^n$ ; pour les équations différentielles, l'homogène $y'+ay=0$ donne les fonctions $Ke^{-A(t)}$. Dans les deux cas, on cherche ensuite une solution particulière (constante pour les suites et pour les équations à coefficients constants, via variation de la constante dans le cas général).
Sources
- Programme officiel de mathématiques CPGE 1re année (voie PCSI), bloc « Analyse — suites et fonctions » : enseignementsup-recherche.gouv.fr (programmes CPGE, filière PCSI)
- H-Prépa Mathématiques 1re année MPSI/PCSI (Hachette Éducation) — chapitres « Suites arithmético-géométriques » et « Équations différentielles linéaires du premier ordre »
- Correction du Lemme 1.7 : dérivation directe présentée dans l'encart ⚠️ ci-dessus, à partir des Définitions 1.1 et 1.3 de ce même chapitre (pas de source externe nécessaire — incohérence interne du document vérifiable par calcul).