Chapitre 2 : Problèmes algébriques de degré 2
On s'intéresse aux équations de degré 2, de la forme $ax^2+bx+c=0$, où $a$, $b$ et $c$ sont trois nombres fixés (avec $a$ non nul), appelés les coefficients de l'équation, et $x$ est l'inconnue.
En classe de première (générale, spécialité mathématiques) a été étudiée la résolution de ces équations lorsque les coefficients et l'inconnue sont des nombres réels. On va introduire dans ce chapitre la notion de nombre complexe afin de résoudre ces équations dans des cas plus généraux.
2.1 Rappels du lycée et équations biquadratiques
2.1.1 Racines carrées réelles
Si $x>0$, il admet exactement deux racines carrées dans $\mathbb{R}$, qui sont $\pm\sqrt{x}$.
Si $x=0$, il admet une unique racine carrée dans $\mathbb{R}$, qui est $0$.
2.1.2 Mise sous forme canonique et conséquences
Soit $a$, $b$ et $c$ trois nombres avec $a\neq 0$. On introduit le vocabulaire des polynômes et des racines, plus confortable que celui des équations en pratique. Notons $P(x)=ax^2+bx+c$ : la lettre $x$ utilisée pour noter le polynôme est appelée indéterminée1. Cette expression, qui dépend du paramètre $x$, est appelée un polynôme de degré 2. Résoudre l'équation $ax^2+bx+c=0$ revient à résoudre l'équation $P(x)=0$, donc à chercher ce qu'on appelle les racines du polynôme $P$.
On appelle racine du polynôme $P$ tout nombre $x$ tel que $P(x)=0$.
1 On peut considérer en première approximation que ce mot est interchangeable avec le mot plus courant de variable. La réalité est plus nuancée : quand on parle de variable, on met l'accent sur l'aspect fonctionnel (dépendance de $P(x)$ lorsque $x$ varie) ; lorsqu'on parle d'indéterminée, on s'intéresse surtout à l'expression pour elle-même, sans nécessairement considérer des variations.
2.1.3 Polynômes biquadratiques
On appelle polynôme quadratique (ou de degré 2) sous-jacent le polynôme $Q$ obtenu en procédant au changement d'indéterminée $X=x^2$, à savoir $Q(X)=aX^2+bX+c$.
On appelle discriminant du polynôme biquadratique $P$ le discriminant du polynôme $Q$ de degré 2 associé.
2.2 Nombres complexes
La notion de nombre complexe émerge du manque de racines carrées réelles des nombres strictement négatifs. La construction consiste à considérer une racine carrée du nombre $-1$, qu'on a notée historiquement $\sqrt{-1}$, avant d'abandonner cette notation, et qu'on note désormais $i$2. On constate ensuite qu'en manipulant les expressions de la forme $a+bi$, où $a$ et $b$ sont des nombres réels, on parvient à obtenir un cadre calculatoire d'une part cohérent en lui-même, et d'autre part dans lequel tous les nombres, réels ou complexes, admettent des racines carrées — et bien plus encore.
2 La notation $i$ est canonique, mais n'est pas réservée : on s'autorise en mathématiques à utiliser aussi la lettre $i$ pour désigner d'autres objets, en particulier des indices entiers. Le contexte permet en général de ne pas se tromper sur le sens du symbole. Attention à l'usage des physiciens, qui utilisent la lettre $i$ pour certaines grandeurs physiques, et notent $j$ une racine carrée de $-1$.
2.2.1 Définition
- l'égalité : $$a_1+b_1i=a_2+b_2i\iff\begin{cases}a_1=a_2\\b_1=b_2\end{cases}$$
- la somme : $$(a_1+b_1i)+(a_2+b_2i)=(a_1+a_2)+(b_1+b_2)i$$
- le produit : $$(a_1+b_1i)\cdot(a_2+b_2i)=a_1a_2-b_1b_2+(a_1b_2+b_1a_2)i$$ ce produit étant défini par double distributivité avec la règle supplémentaire $i^2=-1$ pour traiter le terme $(b_1i)\cdot(b_2i)$.
Les nombres complexes de partie réelle nulle (donc de la forme $bi$ avec $b$ réel) sont appelés des nombres imaginaires purs.
- L'addition est associative ($(z_1+z_2)+z_3=z_1+(z_2+z_3)$ pour tous $z_1,z_2,z_3$), commutative ($z_1+z_2=z_2+z_1$ pour tous $z_1,z_2$), admet un élément neutre qui est $0$ ($z+0=z$ pour tout $z$). Tout nombre complexe $z$ admet un symétrique pour l'addition (un nombre $-z$ tel que $z+(-z)=0$), qui vérifie $\mathrm{Re}(-z)=-\mathrm{Re}(z)$ et $\mathrm{Im}(-z)=-\mathrm{Im}(z)$.
- La multiplication est associative, commutative, admet un élément neutre qui est le nombre réel $1$. Tout nombre complexe non nul admet un symétrique pour la multiplication, qui est : $$z^{-1}=\frac1z=\frac{\mathrm{Re}(z)}{\mathrm{Re}(z)^2+\mathrm{Im}(z)^2}-\frac{\mathrm{Im}(z)}{\mathrm{Re}(z)^2+\mathrm{Im}(z)^2}\cdot i$$
- La multiplication est distributive par rapport à l'addition : $z_1\cdot(z_2+z_3)=z_1\cdot z_2+z_1\cdot z_3$.
On a vu apparaître dans l'expression de l'inverse du nombre complexe $z$ l'expression $\mathrm{Re}(z)^2+\mathrm{Im}(z)^2$. Cette expression est importante en elle-même et apparaît dans de nombreux calculs. On pose :
2.2.2 Racines carrées
Soit $z=a+bi$ un nombre complexe, où $a$ et $b$ sont des nombres réels. On cherche les racines carrées $r=x+yi$ de $z$, c'est-à-dire les nombres $r$ tels que $r^2=z$. Or : $$r^2=z\iff\begin{cases}x^2-y^2=a\\2xy=b\end{cases}$$
Cas $b=0$ (c'est-à-dire $z$ est un nombre réel) : la deuxième équation est une équation produit nul, et elle impose $x=0$ ($r$ imaginaire pur) ou $y=0$ ($r$ réel). On obtient par substitution dans la première équation que tout nombre réel $a$ non nul admet exactement deux racines carrées dans $\mathbb{C}$, opposées l'une de l'autre, réelles dans le cas $a>0$, et imaginaires pures dans le cas $a<0$.
Cas $b\neq0$ : la deuxième équation impose alors que $x$ et $y$ sont non nuls. On transforme le système : $$r^2=z\iff\begin{cases}x^2-\dfrac{b^2}{4x^2}=a\\[4pt] y=\dfrac{b}{2x}\end{cases}\iff\begin{cases}4x^4-4ax^2-b^2=0\\[2pt] y=\dfrac{b}{2x}\end{cases}$$ La première équation est une équation biquadratique, de discriminant $16(a^2+b^2)=16|z|^2$, de racines réelles3 $\pm\sqrt{\dfrac{4a+4|z|}{8}}=\pm\dfrac{\sqrt2}{2}\sqrt{\mathrm{Re}(z)+|z|}$. On peut ensuite terminer la résolution du système en obtenant l'expression de $y$ par substitution dans la deuxième équation, mais même sans effectuer ce calcul, on a obtenu :
Le nombre complexe $0$ admet une unique racine carrée dans $\mathbb{C}$, le nombre $0$ lui-même.
3 Le nombre $\frac12(a-|z|)$ est une racine du polynôme du second degré sous-jacent à l'équation biquadratique, mais il est strictement négatif (car $b\neq0$) donc n'admet pas de racine carrée dans $\mathbb{R}$.
2.2.3 Retour aux équations de degré 2
En particulier, si $a$, $b$ et $c$ sont réels et le discriminant $\Delta$ est strictement négatif, alors les deux racines du polynôme sont : $$\frac{-b\pm i\sqrt{|\Delta|}}{2a}.$$
2.3 Écriture polaire des nombres complexes
On a vu que le module d'un nombre complexe s'interprète comme la distance à l'origine d'un point associé à ce nombre complexe dans un certain plan muni d'un repère orthonormé. Or, dans le plan, pour repérer un point $M$ connaissant sa distance à l'origine $O$, il suffit d'une donnée angulaire : l'angle entre l'axe orienté des abscisses et la demi-droite $[OM)$. On examine ici la conséquence algébrique, sur les nombres complexes, de cette remarque géométrique.
2.3.1 Cercle trigonométrique
On rappelle que le cosinus et le sinus d'un angle ont été étudiés au collège d'abord dans le cadre de la géométrie du triangle, comme des rapports de longueurs des côtés d'un triangle rectangle : cela définit le sinus et le cosinus d'un nombre réel compris entre $0$ et $\pi/2$ (les angles étant mesurés en radians). La définition a ensuite été étendue pour définir le cosinus et le sinus d'un nombre réel quelconque : les relations sur ces deux fonctions sont résumées dans le formulaire trigonométrique.
La relation fondamentale de la trigonométrie assure, pour tout réel $t$ : $$\cos^2(t)+\sin^2(t)=1.$$ Cette formule admet l'interprétation géométrique suivante : si on fixe un réel $t$ quelconque et qu'on considère le point $M(t)$ de coordonnées $(\cos t,\sin t)$ dans le plan muni d'un repère orthonormé, on obtient un point à distance $1$ de l'origine, donc situé sur le cercle unité (cercle centré en l'origine de rayon 1), puisque ce cercle admet pour équation $x^2+y^2=1$. La proposition suivante traite la réciproque :
De plus, ce nombre réel n'est pas unique, mais est « unique à un multiple entier de $2\pi$ près » : si $\theta_1$ et $\theta_2$ sont deux réels tels que $\begin{cases}\cos\theta_1=\cos\theta_2\\\sin\theta_1=\sin\theta_2\end{cases}$, alors il existe un entier relatif $k$ tel que $\theta_2=\theta_1+2k\pi$.
Enfin, parmi les réels $\theta$ tels que $\begin{cases}x=\cos\theta\\y=\sin\theta\end{cases}$, il en existe un unique dans l'intervalle $[0,2\pi[$ : on parle de la détermination principale de l'angle polaire dans $[0,2\pi[$.
2.3.2 Nombres complexes de module 1
Tout réel $t$ tel que cette égalité est satisfaite est appelé argument du nombre complexe $z$. L'unique réel $t$ dans l'intervalle $[0,2\pi[$ tel que $z=\cos t+i\sin t$ est appelé l'argument principal dans $[0,2\pi[$ (et là encore, on peut préférer considérer l'argument principal dans $]-\pi,\pi]$).
Cette proposition (qu'on peut résumer de manière informelle : « l'argument se comporte comme un logarithme ») motive de poser la notation :
2.3.3 Écriture polaire (ou exponentielle)
On appelle écriture polaire (ou écriture exponentielle) du nombre complexe non nul $z$ toute écriture sous la forme $z=\rho\,\mathrm{e}^{i\theta}$ où $\rho$ est un réel strictement positif et $\theta$ un nombre réel.
Tout nombre complexe non nul admet une écriture polaire $z=\rho\,\mathrm{e}^{i\theta}$ où $\rho=|z|$ est unique, et où l'argument $\theta$ n'est unique qu'à $2\pi$ près.
4 Pour ma part, je préfère ce point de vue. (note du professeur)
2.3.4 Retour aux racines carrées
2.3.5 Exponentielle complexe
- Pour tout $z\in\mathbb{C}$, $\mathrm{e}^z\neq0$.
- Pour $z_1$ et $z_2$ deux nombres complexes, $\mathrm{e}^{z_1+z_2}=\mathrm{e}^{z_1}\mathrm{e}^{z_2}$.
- L'inverse du nombre $\mathrm{e}^z$ est $\mathrm{e}^{-z}$. Le conjugué de $\mathrm{e}^z$ est $\mathrm{e}^{\overline{z}}$.
2.3.6 Formulaire
- La conjugaison est compatible avec les principales opérations sur les nombres complexes : $$\overline{z_1+z_2}=\overline{z_1}+\overline{z_2}\qquad \overline{z_1z_2}=\overline{z_1}\times\overline{z_2}\qquad \overline{-z}=-\overline{z}\qquad \overline{\left(\frac1z\right)}\overset{z\neq0}{=}\frac1{\overline{z}}.$$
- Le module est compatible avec le produit et le passage à l'inverse : $$|z_1z_2|=|z_1|\times|z_2|\quad\text{et}\quad\left|\frac1z\right|=\frac1{|z|}.$$
- $$z\times\overline{z}=|z|^2\quad\text{ou encore}\quad\frac1z=\frac{\overline{z}}{|z|^2}.$$
- Le conjugué permet de tester le caractère réel ou imaginaire pur d'un complexe : $$z\in\mathbb{R}\iff z=\overline{z}\qquad\qquad z\in i\mathbb{R}\iff z+\overline{z}=0.$$
- Les nombres complexes de module $1$ ont aussi une caractérisation qui concerne le conjugué : $$|z|=1\iff\frac1z=\overline{z}.$$
Quiz de fin de chapitre
Une racine carrée de $x$ est tout nombre $r$ tel que $r^2=x$ ; « la » racine carrée n'a de sens que pour un réel positif, où elle désigne l'unique racine positive $\sqrt x$. Un réel $x>0$ a deux racines carrées $\pm\sqrt x$, et un complexe non nul deux racines opposées : l'article défini suppose une propriété d'unicité qui n'existe pas en général.
La mise sous forme canonique divise par $a$ ($x^2+\frac{b}{a}x$) et la formule des racines contient $\frac{1}{2a}$. Si $a=0$, l'équation n'est plus de degré 2 (elle devient $bx+c=0$, de degré au plus 1) et la méthode ne s'applique plus.
On multiplie par le conjugué du dénominateur : $\dfrac{(2+i)(1+i)}{|1-i|^2}=\dfrac{2+2i+i+i^2}{2}=\dfrac{1+3i}{2}=\dfrac12+\dfrac32 i$.
$\Delta=4-20=-16$, de racines carrées $\pm4i$. Donc $z=\dfrac{-2\pm4i}{2}=-1\pm2i$ (deux racines conjuguées, comme attendu pour des coefficients réels et $\Delta<0$).
Le système $x^2-y^2=a$, $2xy=b$ donne, en substituant $y=\frac{b}{2x}$ (possible car $x\neq0$ quand $b\neq0$), l'équation $x^2-\frac{b^2}{4x^2}=a$, soit $4x^4-4ax^2-b^2=0$ : une équation en $x^4$ et $x^2$, donc biquadratique, qu'on résout par le changement d'inconnue $X=x^2$.
Avec $\theta+2\pi$, on obtient $\pm\sqrt\rho\,\mathrm{e}^{i(\theta/2+\pi)}=\mp\sqrt\rho\,\mathrm{e}^{i\theta/2}$ : on retrouve la même paire de nombres, seulement échangés. L'ensemble des deux racines carrées ne dépend donc pas du choix de l'argument, ce qui est cohérent avec l'unicité d'une paire opposée.
Non : le symbole $\sqrt{\ }$ désigne « la » racine carrée d'un réel positif. $-4$ admet deux racines carrées complexes, $2i$ et $-2i$, et aucune n'a de raison d'être privilégiée par le symbole radical. On écrit « les racines carrées de $-4$ sont $\pm2i$ ».
Non : en général $\dfrac1z=\dfrac{\overline z}{|z|^2}$. L'égalité $\frac1z=\overline z$ équivaut à $|z|^2=1$, c'est-à-dire $|z|=1$ (Proposition 2.37.5). Exemple : pour $z=2$, $\frac1z=\frac12\neq2=\overline z$.
Si $z=a+bi=\rho\,\mathrm{e}^{i\theta}$ a pour image $M(a,b)$, alors $\rho=|z|=\sqrt{a^2+b^2}=OM$ et $\theta$ est une mesure de l'angle entre l'axe des abscisses et $[OM)$, avec $a=\rho\cos\theta$ et $b=\rho\sin\theta$. L'écriture polaire est la traduction algébrique des coordonnées polaires de $M$.
Ici $|z^2|=5$ mais $\arg(-3+4i)$ n'est pas un angle remarquable : la méthode polaire est peu commode. En algébrique, $x^2-y^2=-3$, $2xy=4$ et $x^2+y^2=5$ donnent $x^2=1$, $y^2=4$, avec $xy>0$ : les racines carrées sont $\pm(1+2i)$ (on vérifie : $(1+2i)^2=1-4+4i=-3+4i$). La méthode polaire est plus efficace quand le module et l'argument sont faciles à lire (par exemple $z=1+i\sqrt3$).
Sources & Références
- Cours du professeur, Chapitre 2 « Problèmes algébriques de degré 2 » (PDF joint : 02_Ch02_Cours_Profs_Problemes-algebriques-de-degre-2_2026-09-28.pdf).
- Programme officiel de mathématiques CPGE 1re année (voie PCSI) : enseignementsup-recherche.gouv.fr, bloc « Nombres complexes et trigonométrie ».
- Ouvrages de référence : H-Prépa Mathématiques 1re année MPSI/PCSI (Hachette Éducation), chapitre « Nombres complexes ».
- Corrections signalées par ⚠️ (Th. 2.6, Déf. 2.8/Prop. 2.9, Prop. 2.12, Rem. 2.18, Prop. 2.36, Prop. 2.37) : établies par calcul direct et par cohérence interne du document, sans source externe précise.