Chapitre 3 : Exemples de problèmes linéaires bidimensionnels
On s'intéresse ici aux suites satisfaisant une relation de récurrence linéaire de pas 2 à coefficients constants, et aux équations différentielles linéaires d'ordre 2 à coefficients constants.
3.1 Relations de récurrence linéaire de pas 2 à coefficients constants
On étudie dans cette section les suites $(u_n)_n$ de nombres réels ou complexes qui satisfont une relation de récurrence de la forme : $$\forall n\in\mathbb{N},\quad u_{n+2}=a\,u_{n+1}+b\,u_n,$$ où $a$ et $b$ sont deux nombres réels ou complexes, indépendants de $n$ (on dit que la relation est à coefficients constants). L'équation est linéaire et homogène : la suite constante nulle est une solution évidente.
3.1.1 Étude détaillée
Dans cette sous-section la relation de récurrence est étudiée à l'aide de trois lemmes consécutifs, chacun permettant d'élucider une partie de la structure de l'espace des solutions. Il convient de comprendre les deux choses suivantes :
- si vous voulez vous contenter de savoir donner les solutions d'une relation de récurrence linéaire de pas 2 à coefficients constants, un théorème dédié sera donné en synthèse : c'est celui-là qu'il faudra employer ;
- l'étude détaillée des trois lemmes donne des outils pour appliquer des résultats dans d'autres situations ; par exemple pour une relation de pas 2 mais non linéaire, ou à coefficients non constants, ou au contraire une relation linéaire et à coefficients constants mais de pas supérieur. Ces autres situations ne sont pas au programme : on n'exige pas de vous que vous sachiez les traiter en totale autonomie, mais on peut vous proposer des exercices guidés.
On vérifie alors :
De plus, si $r$ est une racine double du polynôme $\chi$, alors la suite $(n\,r^n)_n$ satisfait elle aussi la relation $\mathcal R$.
En outre, la linéarité donne :
Enfin, le fait que la relation est de pas deux permet de démontrer :
Lors de l'étude d'une suite définie par une relation de récurrence, la donnée des premiers termes (en nombre égal au pas de la relation) s'appelle la donnée de conditions initiales.
3.1.2 Synthèse
- Si $\chi$ admet deux racines distinctes $r_1$ et $r_2$, alors les suites satisfaisant la relation $\mathcal R$ sont toutes les suites ayant un terme général de la forme $$\alpha_1r_1^n+\alpha_2r_2^n\quad\text{pour }(\alpha_1,\alpha_2)\in K^2.$$
- Si $\chi$ admet une seule racine double $r$, alors les suites satisfaisant la relation $\mathcal R$ sont toutes les suites ayant un terme général de la forme $$(\alpha+\beta n)\,r^n\quad\text{pour }(\alpha,\beta)\in K^2.$$
Cela peut sembler inhabituel : s'habituer à transporter des éléments d'intuition et de vocabulaire géométrique sur des ensembles d'objets issus de l'analyse fait partie des objectifs de formation. Un cadre mathématique rigoureux pour cela sera étudié en cours d'année ; c'est la notion d'espace vectoriel.
3.2 Équations différentielles linéaires d'ordre 2 à coefficients constants
On s'intéresse ici aux fonctions $y$ satisfaisant une équation différentielle de la forme : $$\forall t\in I,\quad y''(t)+a\,y'(t)+b\,y(t)=f(t),$$ où $I$ est un intervalle, $a$ et $b$ deux nombres (réels ou complexes), et $f$ une fonction continue sur l'intervalle $I$. La lettre $y$ désigne la fonction inconnue, qui doit être au moins deux fois dérivable sur $I$.
3.2.1 Résultats algébriques généraux
La première proposition exploite la linéarité :
- L'ensemble des solutions de l'équation homogène associée est stable par combinaison linéaire et contient la fonction constante nulle.
- La différence de deux solutions de l'équation avec second membre est une solution de l'équation homogène associée.
- Principe de superposition. Si on considère deux seconds membres $f_1$ et $f_2$, avec $y_1$ solution de $y''+a\,y'+b\,y=f_1$ et $y_2$ solution de $y''+a\,y'+b\,y=f_2$, alors $y_1+y_2$ est solution de $y''+a\,y'+b\,y=f_1+f_2$.
Si, de plus, $r$ est racine double du polynôme caractéristique $\chi$, alors la fonction $t\mapsto t\,\mathrm{e}^{rt}$ est aussi solution de cette équation.
Les résultats donnant l'unicité et/ou l'existence d'une solution d'une équation différentielle assortie de conditions initiales n'admettent pas de démonstration accessible à ce stade. Nous allons donc procéder autrement.
3.2.2 Forme des solutions d'une équation homogène
- Si $\chi$ admet deux racines distinctes $r_1$ et $r_2$, alors les solutions de l'équation $\mathcal E_0$ sont les fonctions de la forme $t\mapsto\alpha_1\mathrm{e}^{r_1t}+\alpha_2\mathrm{e}^{r_2t}$ pour $(\alpha_1,\alpha_2)\in K^2$.
- Si $\chi$ admet une racine double $r$, alors les solutions de l'équation $\mathcal E_0$ sont les fonctions de la forme $t\mapsto(\alpha+\beta t)\mathrm{e}^{rt}$ pour $(\alpha,\beta)\in K^2$.
Comme dans le cas des relations de récurrence, le théorème précédent est un peu décevant dans le cas où $a$ et $b$ sont réels mais les racines $r_1$ et $r_2$ du polynôme caractéristique sont des nombres complexes conjugués (non réels) car il ne donne pas directement l'expression des solutions à valeurs réelles. La proposition suivante y remédie :
3.2.3 Recherche d'une solution particulière de l'équation avec second membre
Le programme prévoit de se limiter aux cas suivants pour le second membre $f(t)$ :
- cas polynomial : $f(t)=\displaystyle\sum_{i=0}^{n}a_it^i$ ;
- cas d'une exponentielle : $f(t)=A\,\mathrm{e}^{\lambda t}$ ;
- cas circulaire : $f(t)=B\cos(\omega t)$ ou $f(t)=C\sin(\omega t)$.
Par superposition, on peut traiter le cas où le second membre est une somme de tels termes. Les techniques seront étudiées en TD.
3.2.4 Théorème de Cauchy
Quiz de fin de chapitre
Elle relie chaque terme aux deux précédents ($u_{n+2}=a\,u_{n+1}+b\,u_n$) : « pas 2 » ; « linéaire » car les $u_k$ apparaissent au premier degré ; « homogène » car il n'y a pas de terme indépendant des $u_k$ (la suite nulle est solution) ; « à coefficients constants » car $a$ et $b$ ne dépendent pas de $n$.
Pour la suite : $X^2-5X+6$ (convention $\chi=X^2-aX-b$ avec $a=5$, $b=-6$). Pour l'équation différentielle : $X^2+5X+6$ (convention $X^2+aX+b$). Les conventions d'écriture diffèrent (la récurrence est mise sous la forme $u_{n+2}=\dots$, l'équation différentielle sous la forme $y''+\dots=0$), mais dans les deux cas c'est le polynôme obtenu en remplaçant $u_{n+k}$ (ou $y^{(k)}$) par $X^k$ dans l'équation écrite sous la forme « tout à gauche ».
$\chi(X)=X^2-5X+6=(X-2)(X-3)$ : racines $2$ et $3$, donc $u_n=\alpha\,2^n+\beta\,3^n$. Conditions : $\alpha+\beta=1$ et $2\alpha+3\beta=0$, d'où $\beta=-2$, $\alpha=3$ : $u_n=3\cdot2^n-2\cdot3^n$.
$\chi(X)=X^2+2X+5$, $\Delta=4-20=-16$, racines $-1\pm2i$, donc $\rho=-1$, $\omega=2$ : $y(t)=\mathrm{e}^{-t}\big(A\cos(2t)+B\sin(2t)\big)$, $(A,B)\in\mathbb{R}^2$.
Avec une seule racine $r$, la seule suite géométrique solution est $(r^n)$ : il manque une seconde solution indépendante pour obtenir un « plan » de solutions. La suite $(n\,r^n)$ convient (on le vérifie avec $a=2r$, $b=-r^2$), et le Lemme 3.4 puis le Théorème 3.7 montrent qu'aucune autre forme n'est nécessaire.
L'unicité est perdue : la relation étant de pas 2, il faut deux valeurs consécutives pour « lancer » la récurrence. Par exemple $(2^n)_n$ et $(3^n)_n$ vérifient $u_{n+2}=5u_{n+1}-6u_n$ et coïncident en $u_0=1$, sans être égales.
Non : cette expression décrit seulement les solutions de l'équation homogène ($f=0$). Avec un second membre, il faut lui ajouter une solution particulière (la différence de deux solutions de l'équation complète est solution de l'homogène : Prop. 3.13.2).
Non : avec $\alpha_1,\alpha_2$ réels quelconques, la suite n'est en général pas réelle. Il faut $\alpha_2=\overline{\alpha_1}$ (Remarque 3.11), soit $u_n=2\,\mathrm{Re}(\alpha_1r_1^n)$ avec $\alpha_1$ complexe, ce qui laisse bien deux paramètres réels.
Racines $1$ et $2$. Suite : $u_n=\alpha\cdot1^n+\beta\cdot2^n=\alpha+\beta\,2^n$. Équation différentielle : $y(t)=\alpha\,\mathrm{e}^{t}+\beta\,\mathrm{e}^{2t}$. Même polynôme, même structure de « plan vectoriel » : on remplace $r^n$ par $\mathrm{e}^{rt}$.
$\chi(X)=X^2+1$, racines $\pm i$ ($\rho=0$, $\omega=1$) : par la Prop. 3.18, $y(t)=A\cos t+B\sin t$. Alors $y(0)=A=1$ et $y'(0)=B=0$, donc $y(t)=\cos t$. Le Théorème de Cauchy (3.20) garantit que c'est l'unique solution.
Sources & Références
- Cours du professeur, Chapitre 3 « Exemples de problèmes linéaires bidimensionnels » (PDF joint : 03_Ch03_Cours_Profs_Problemes-lineaires-bidimensionnels_2026-09-28.pdf).
- Programme officiel de mathématiques CPGE 1re année (voie PCSI) : enseignementsup-recherche.gouv.fr, bloc « Équations différentielles linéaires » et « Suites ».
- Ouvrages de référence : H-Prépa Mathématiques 1re année MPSI/PCSI (Hachette Éducation), chapitres sur les suites récurrentes linéaires et les équations différentielles linéaires d'ordre 2.
- Corrections signalées par ⚠️ (Prop. 3.13.3 et Prop. 3.15) : établies par calcul direct et par cohérence interne avec la Définition 3.14, sans source externe précise.